Lutte contre le racisme: l’engagement exemplaire de la Suisse
Un groupe d'experts est réuni à Genève pour préparer la Conférence mondiale sur le racisme de l’année prochaine. La Suisse a organisé et financé en grande partie cette réunion. Un effort applaudi par la Haut-Commissaire aux droits de l’homme.
Un groupe d’experts est réuni à Genève pour préparer la Conférence mondiale sur le racisme de l’année prochaine. La Suisse a organisé et financé en grande partie cette réunion. Un effort applaudi par la Haut-Commissaire aux droits de l’homme.
Mary Robinson (photo) a salué le soutien accordé par la Confédération et invité les autres Etats à suivre l’exemple helvétique. Ces réunions préparatoires sont, en effet, indispensables au bon déroulement de la Conférence mondiale sur le racisme qui aura lieu en Afrique du Sud en 2001. Mais l’argent manque pour financer de tels travaux préparatoires.
La Suisse a donc versé cinquante mille francs, soit les 2/3 environ de la somme nécessaire au financement de ce séminaire d’experts. Par ailleurs, la délégation helvétique – dirigée par Jean-Daniel Vigny , responsable des droits de l’homme au ministère des Affaires étrangères – a contribué à la rédaction de l’ordre du jour de cette réunion.
Au cœur des débats: les procédures de recours offertes aux victimes d’actes de racisme et de discrimination raciale. Mais la Suisse a insisté pour que le thème du racisme sur l’Internet figure également au programme.
Un thème que Ruth Dreifuss avait déjà abordé fin janvier. Lors de la conférence de Stockholm sur l’Holocauste, la ministre suisse des Affaires sociales avait, en effet, appelé de ses voeux une collaboration mondiale contre les manifestations du racisme sur l’Internet.
Ce thème fait donc l’objet d’une séance particulière ce jeudi. Et c’est un expert suisse, David Rosenthal, qui est chargé d’en présenter les enjeux juridiques et techniques. La Suisse s’engage donc activement pour qu’il figure au menu de la Conférence mondiale sur le racisme.
Mais ce combat est loin d’être gagné. Techniquement, la taille et la complexité de la toile virtuelle rend illusoire l’éradication du racisme sur le Net. On peut, au mieux, surveiller et contenir ses activités. En outre, d’éventuelles mesures de censure se heurtent aux garanties données à la liberté d’expression.
Aux Etats-Unis en particulier, le premier amendement de la constitution autorise une liberté d’expression presque totale. Or, les Américains ne sont pas prêts à limiter ce pilier de leur démocratie. En outre, les Etats-Unis prônent un minimum de contraintes législatives et étatiques sur le web. Washington veut, en effet, que le e-business puisse se développer sans entrave. En conséquence, la plupart des sites racistes sont hébergés aux Etats-Unis, à l’abri de la justice des autres Etats.
D’autre part, l’activisme des groupuscules racistes et leur présence sur le Net peuvent sembler aujourd’hui secondaires, comme le démontre la crise suscitée par l’arrivée au pouvoir du parti de Jörg Haider en Autriche. La question centrale en Europe est de savoir comment contrer la montée en puissance des partis nationalistes qui utilisent la xénophobie voire le racisme pour prospérer.
Or, cet enjeu concerne directement la Suisse. Le Conseil de l’Europe vient d’ailleurs de classer l’Union démocratique du centre (UDC) dans la même catégorie que le FPÖ de Jörg Haider.
L’UDC dément utiliser des arguments xénophobes et prétend ne fustiger que les délinquants étrangers. Mais, dans le même temps, le parti de Christoph Blocher cherche à affaiblir les instruments de lutte anti-raciste. Dans une motion déposée le 22 décembre dernier, il demande même la dissolution de la Commission fédérale contre le racisme.
Frédéric Burnand
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