«Dès 50 ans, on souffre chaque année un peu plus»

Ernst Wenger. swissinfo.ch

Les syndicats veulent une retraite à 60 ans pour les ouvriers du bâtiment, car le travail y est dur.

Ce contenu a été publié le 04 novembre 2002 - 14:54

Portrait-interview d'Ernst Wenger, qui a passé sa vie sur les chantiers.

swissinfo: Vous avez aujourd'hui 59 ans. Depuis quand travaillez-vous sur les chantiers?

Ernst Wenger: Depuis plus de 40 ans. J'ai commencé en 1958 avec un apprentissage de maçon. A l'issue de cette formation professionnelle, je suis devenu maçon puis, plus tard, contremaître.

Comme contremaître, on organise le travail sur le chantier et on coordonne son déroulement. J'ai suivi des cours de formation continue pour m'acquitter de cette nouvelle fonction.

Pourquoi avez-vous justement choisi ce métier de maçon?

E. W. : Parce que ça m'a plu. Cela m'a toujours fasciné d'être à l'air libre, de travailler en équipe et de contempler, le soir venu, ce qui avait été construit dans la journée.

Vous avez vécu une époque où de nombreux travailleurs étrangers venaient en Suisse.

E. W. : Oui, c'est vrai. Et je peux dire que cela ne m'a jamais posé de problèmes. J'ai appris à connaître des gens merveilleux. Et ce sont eux qui ont pris en charge les travaux les plus pénibles.

Les travailleurs du bâtiment sont soumis aux intempéries.

E. W. : Quel que soit le temps qu'il fasse, nous devons sortir. Il n'y a pas de conditions météorologiques qui empêchent de travailler.

Par mauvais temps, notre productivité est divisée par deux. Mais, malgré cela, il faut respecter les délais. Il n'y a pas le choix.

Avez-vous souffert du mauvais temps?

E. W. : C'est pénible, lorsqu'il pleut pendant des jours ou des semaines durant. Le brouillard aussi est désagréable sur les chantiers. Ou le froid extrême; ça fait mal de toucher des objets glacés ou de travailler avec.

Et par beau temps?

E. W. : C'est beaucoup plus agréable. Mais attention aux fortes chaleurs. Dans ces conditions, on comprend vraiment ce que veut dire l'expression «en nage». Mais, globalement, je préfère la chaleur au froid.

A quel point le travail sur les chantiers est-il dangereux?

E. W. : Le danger est partout. Pour moi, comme contremaître, tenter d'éviter toutes les causes d'accidents était une tâche prioritaire. Je devais «couvrir les trous».

Il s'agissait aussi de former les collègues et de les rendre attentifs aux dangers. Eviter les accidents signifie travailler sur un chantier propre. Le chantier doit toujours être propre.

La Compagnie nationale d'assurance en cas d'accident m'a d'ailleurs félicité pour mon travail exemplaire en faveur de la sécurité.

Travailler sur un chantier veut dire faire des travaux pénibles. Comment le ressent-on au fil des ans?

E. W. : Tout d'un coup, on commence à avoir mal. Et la douleur dure toujours plus longtemps. Ainsi, à partir de 50 ans, on souffre chaque année un peu plus, surtout de douleurs dans le dos et dans les genoux.

La productivité diminue. Mais, comme tout le monde, j'arrivais à compenser cette perte grâce à mon expérience.

Mais je ne pouvais me permettre aucun relâchement, car la pression des délais demeure. Cette pression a encore augmenté au cours des dernières années. En effet, sur un chantier, on ne peut pas se replier sur des activités «plus simples».

Une retraite à 60 ans serait donc justifiée?

E. W. : Certainement! Tout le monde pense que ça ne serait pas un luxe. Une retraite à 60 ans apporterait également plus aux entreprises.

Travailler sur un chantier deviendrait à nouveau plus attractif. La qualité s'en trouverait aussi améliorée. Or, aujourd'hui, le maître d'œuvre doit développer son affaire avec seulement quelques employés.

Le véritable travail est attribué à des entreprises en sous-traitance, ce qui provoque une pression sur les prix. Ces gens travaillent en accord et seul l'argent rapidement gagné les intéresse. Evidemment, la qualité de la construction s'en ressent.

Ernst Wenger, vous avez été licencié. Au lieu d'une retraite à 60 ans, c'est le chômage à 59!

E. W. : En principe, je voulais aller à la retraite à 62 ans et j'avais tout préparé dans cette optique. C'est alors que j'ai reçu ma lettre de licenciement.

J'ai été licencié pour cause de restructuration. L'entreprise disposait de trop d'employés avec des responsabilités sur le chantier. Mais, en vérité, j'étais trop vieux, trop peu productif et sûrement aussi trop cher.

Et maintenant?

E. W. : Maintenant, je cherche du travail. Mais on me répond toujours que je suis trop vieux.

L'Office du travail m'indique que je dois accepter tout travail soi-disant raisonnable. Ils sont très durs avec moi. Cela me fait parfois mal. On a sa fierté tout de même!

swissinfo/Urs Maurer

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