Covid-19: la Suisse a déployé de grands efforts pour rapatrier ses ressortissants

«Quand j'ai vu l'avion avec l'edelweiss, la fleur symbole de la Suisse, j'ai ressenti une émotion très forte», dit Mercedes Lamborelle. Mercedes Lamborelle

Bloqués par la crise du coronavirus aux quatre coins de la planète, des milliers de touristes suisses ont vécu des jours difficiles. Un cauchemar qui, pour beaucoup, a pris fin grâce aux efforts intenses  de la diplomatique helvétique. Le témoignage de deux voyageurs rapatriés par la Confédération.

Environ 3000 ressortissants helvétiques coincés en Asie, en Afrique et en Amérique latine et en Océanie ont été ramenés en Suisse par 23 vols organisés par le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) du 12 mars au 9 avril.

«La plus grande opération de rapatriement de la Suisse de tous les temps», comme l’a définie le responsable du Centre de crise du DFAE, Hans-Peter Lenz, est toujours en cours et le DFAE a déjà programmé 6 autres vols aujourd’hui et pour les prochains jours.

De plus, Berne a obtenu environ 1100 places pour des citoyens suisses dans des vols organisés par d’autres pays, et elle a transporté à son tour environ 2000 ressortissants d’autres pays, y compris beaucoup d’étrangers résidents en Suisse.

Mais le DFAE commence à voir le bout du tunnel: à l’étranger, il reste des milliers de touristes helvétiques, mais ils n’ont pas demandé l’aide de Berne pour rentrer.

Depuis mi-mars la helpline du DFAE a reçu plus de 20'000 demandes par téléphone ou courrier électronique - avec des pics de 850 coups de fil et 1000 emails par jour - de personnes qui ont vu leurs vacances transformées en confinement, sans possibilité de rentrer à la maison car leurs vols étaient annulés.

Mais les rapatriements ne sont pas gratuits: la Confédération finance à l’avance les vols charters, mais les bénéficiaires devront payer par la suite le billet «au coût du marché», selon la formule du DFAE. Ce montant ne couvrira pas tous les coûts, dont le total sera connu et calculé «seulement une fois l’opération acchevée», a déclaré au journal gratuit 20Minuten le chef de la Division consulaire du DFAE, Johannes Matyassy.

Des vacances au confinement

Tout s’est passé très vite, racontent nos deux interlocuteurs. Mercedes Lamborelle a la double nationalité suisse et péruvienne. Depuis près de 30 ans, elle vit en Suisse romande, d’abord à Genève, ensuite dans le canton de Vaud. Jorge Barreto a la double nationalité suisse et argentine et il habite au Tessin depuis 15 ans.

Les deux se sont rendus dans leurs pays d’origine pour passer les vacances, comme chaque année à cette époque. Début février, Mercedes Lamborelle était partie pour Lima avec son mari, Philippe Henri. Ce dernier était rentré en Suisse à la fin du mois, tandis qu’elle était restée au Pérou pour gérer la marque de mode éthique qu’elle commercialise. Son vol de retour était prévu pour le 16 mars. Jorge Barreto, quant à lui, était parti le 8 mars pour Buenos Aires et avait réservé le retour pour le 2 avril.

Lorsqu'il a été rapatrié, Jorge Barreto s'est rendu à son domicile de Bellinzona, au Tessin, où il a décidé, par précaution, de rester enfermé pendant deux semaines. Il en a profité pour effectuer des travaux de jardinage en ces jours de printemps ensoleillés. swissinfo.ch

Pendant leur séjour, la pandémie de Covid-19 a atteint l’Amérique latine. «En Argentine, il y avait d’abord une grande confusion sur la diffusion du virus, ensuite le gouvernement a décrété la quarantaine pour toute la population», raconte Jorge Barreto. Tout le monde doit rester à la maison, sauf pour effectuer des activités nécessaires à la vie quotidienne, comme acheter de la nourriture ou des médicaments. Les transports publics et les vols sont bloqués. La police et l’armée patrouillent; ils montent des barrages et font des contrôles pour assurer le respect rigoureux du confinement.

Destin commun

Au Pérou, la situation est semblable. «C’était hallucinant. Du jour au lendemain, tout le pays a été paralysé et les aéroports fermés. Nous étions tous effrayés. C’était comme s’il y avait la guerre, une guerre contre un ennemi invisible: le virus», témoigne Mercedes Lamborelle. Des pays différents, mais des contextes pratiquement identiques auxquels ont eu affaire des milliers de Suisses en voyage. Une expérience qui les a profondément marqués.

C’est ce qui ressort clairement des témoignages de nos deux interlocuteurs. Ils nous racontent leur expérience en se rappelant avec précision chaque date, le moindre détail et nous expliquent comment ils ont partagé la même consternation, les mêmes peurs et les mêmes problèmes avec beaucoup d’autres compatriotes avec lesquels ils ont parlé lorsque «la bouée de sauvetage» est arrivée: le vol pour Zurich organisé par la Confédération, le 25 mars de Lima et le 30 mars de Buenos Aires.

Un grand effort diplomatique

Les deux se trouvaient dans une situation relativement privilégiée par rapport à la grande majorité des touristes helvétiques. Ils logeaient chez des membres de leur famille et n’étaient pas très loin de l’aéroport. Mais malgré cela, ils n’auraient pas pu rentrer sans l’aide du DFAE et des ambassades suisses. Elles ont pu obtenir les autorisations des autorités argentines et péruviennes pour les atterrissages et les décollages des avions helvétiques, les transports jusqu’à l’aéroport, l’envoi des instructions et laisser-passer et l’organisation des vols.

La situation était nettement plus compliquée pour les milliers de concitoyens qui se sont retrouvés tout seuls, bloqués dans des lieux isolés. «Je crois que la plus grande difficulté que l’Ambassade de Suisse a dû affronter était de faire arriver ces gens à Buenos Aires», commente Jorge Barreto. Pour Mercedes Lamborelle, c’est évident que «le rapatriement des Suisses du Pérou a été possible seulement grâce à l’excellente collaboration diplomatique entre les deux pays».

Aussi bien Jorge Barreto que Mercedes Lamborelle louent l’opération de la Suisse et soulignent comment les ambassades helvétiques des deux pays ont été présentes tout le temps pour les informer de l’évolution des préparations du retour, les conseiller et les rassurer. D’après ce qu’ils ont pu constater dans les contacts avec d’autres concitoyens, la conscience du grand travail accompli par la diplomatie suisse et le sentiment de gratitude sont largement partagés par les personnes rapatriées.

>> Mercedes Lamborelle a documenté le vol de rapatriement depuis Lima:

Aucun contrôle sanitaire

Impressionnés par l’efficacité de l’organisation des rapatriements, nos deux témoins ont en revanche été étonnés par le manque de contrôles sanitaires aussi bien à l’embarquement, dans les aéroports de Lima et Buenos Aires, qu’à l’arrivée à Zurich. Bien sûr, les gens ont été avertis qu’ils pouvaient voler seulement s’ils n’avaient aucun symptôme de Covid–19 et ont dû signer une déclaration dans ce sens.

«Mais il n’y avait pas la certitude absolue qu’il n’y ait aucune personne infectée. Cela m’a paru risqué pour un voyage aussi long, avec autant de personnes à bord», remarque Jorge Barreto. «Ils nous ont donné un masque et des gants au début du voyage, mais dans l’avion nous étions assis tout près les uns des autres. Nous étions soulagés et contents de pouvoir rentrer, mais aussi très préoccupés par la possibilité d’une contagion», confie Mercedes Lamborelle.

L’atmosphère plutôt relaxée qui règne en Suisse les surprend aussi. Ils rentrent chez eux librement. La plupart des gens qu’ils rencontrent ne portent pas de masques. Jorge Barreto et Mercedes Lamborelle retournent à la maison en train, au Tessin et dans le canton de Vaud. Par précaution, ils se mettent en quarantaine chez eux et pour l’instant ils vont bien. «Encore maintenant je m’étonne, quand je regarde par la fenêtre et je vois tellement de gens se promener ou faire du jogging comme si de rien n’était», commente Mercedes Lamborelle.

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