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La Suisse mise sur sa diplomatie discrète pour faciliter le retour des enfants ukrainiens enlevés

La Suisse contribuera à coordonner les efforts internationaux visant à venir en aide aux enfants ukrainiens expulsés. Cette démarche s'inscrit dans la lignée de la « diplomatie discrète » pratiquée par ce pays alpin, qui consiste à négocier à huis clos, loin des déclarations sensationnalistes.
La Suisse contribuera à coordonner les efforts internationaux en faveur des enfants ukrainiens déportés. Une démarche qui s’inscrit dans la tradition de diplomatie discrète du pays, privilégiant les négociations loin des projecteurs. Virginie Nguyen Hoang / AFP

Le gouvernement suisse a rejoint une coalition internationale engagée en faveur du retour des enfants ukrainiens auprès de leurs familles. Ces derniers ont été déportés de force vers la Russie ou vers des territoires ukrainiens occupés par Moscou.

Après être restée en retrait pendant deux ans, la Suisse a rejoint un groupe de pays qui s’efforcent de ramener chez eux les enfants emmenés en Russie à la suite de l’invasion de l’Ukraine en 2022. Reste à savoir quels résultats ces initiatives peuvent réellement obtenir et quelle contribution la Suisse est en mesure d’apporter.

Plus de 20’000 enfants ont été illégalement déportés d’Ukraine vers la Russie ou des territoires ukrainiens occupés par Moscou depuis le début de la guerre, selon les chiffres cités sur le site Lien externede la Commission européenne. Seuls quelques milliers d’entre eux ont pu regagner leur pays, précise-t-elle. Ces données proviennent de sources Lien externeukrainiennes et sont contestées par la Russie.

Le président russe Vladimir Poutine.
Le président russe Vladimir Poutine prend la parole lors de la cérémonie de clôture du concours national «Bolchaïa Peremena», destiné aux jeunes élèves, à Krasnoïarsk, en Russie, le 3 août 2026. Evgeny Biyatov / Kremlin Pool / Keystone

En 2023, la Cour pénale internationale (CPI) de La Haye a délivré un mandat d’arrêt international contre le président russe Vladimir Poutine pour son rôle présumé dans la déportation d’enfants ukrainiens.

À quoi sert cette coalition internationale?

Fondée en février 2024, la Coalition internationale pour le retour des enfants ukrainiens Lien externeréunit aujourd’hui près de 50 pays. Les efforts visant à ramener ces enfants ont commencé peu après l’invasion russe, sous l’impulsion de citoyens, d’États et d’organisations humanitaires engagés sur le terrain.

La Suisse contribuera à coordonner les efforts internationaux en faveur du retour des enfants ukrainiens déportés. Cette démarche s’inscrit dans la tradition de diplomatie discrète du pays, qui privilégie les négociations menées loin des projecteurs plutôt que les déclarations fracassantes.

Lors d’une réunion de la coalition à Bruxelles en mai, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a indiqué Lien externeque les priorités de son pays étaient de retrouver les enfants déportés, de retracer leur parcours, de faciliter leur retour et de les accompagner dans leur réintégration une fois rentrés chez eux.

Pourquoi la Suisse devient-elle membre à part entière?

La Suisse a rejoint la coalition au début de l’année 2026, à la suite de l’adoption, l’année précédente, de motions par les deux Chambres du Parlement invitant le gouvernement à en devenir membre à part entière.

Le pays participait déjà aux réunions en qualité d’observateur. Les autorités suisses présentent donc cette adhésion officielle davantage comme la poursuite d’un engagement existant que comme un changement de cap.

Le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) indique que la Suisse continuera à mettre à disposition son expertise diplomatique ainsi que ses bons offices, un rôle traditionnel qui consiste à faciliter les contacts entre parties en conflit de manière discrète et impartiale. Selon le DFAE, la Suisse soutiendra les efforts visant à localiser les enfants ukrainiens déportés et à favoriser leur retour.

Les autorités n’ont toutefois guère précisé quelles nouvelles contributions concrètes découleraient de ce changement de statut.

«L’objectif principal de la coalition est de coordonner les différentes initiatives liées aux enfants ukrainiens déportés illégalement, a indiqué un porte-parole du DFAE. Cela inclut également d’éventuelles nouvelles initiatives.»

Pourquoi la médiation discrète a-t-elle plus de chances d’aboutir?

Le retour de certains enfants auprès de leurs familles a été rendu possible grâce à l’intervention de responsables politiques, d’organisations humanitaires, d’associations de terrain et même de personnalités disposant de solides réseaux de contacts. Dans bien des cas, ces démarches ont reposé sur des canaux informels.

Des discussions menées à un niveau plus discret, loin de l’attention des médias, peuvent également contribuer à débloquer des situations que le conflit rend difficiles à résoudre par les voies officielles.

Alexeï Venediktov, ancien rédacteur en chef d'« Echo de Moscou », continue d'exercer ses activités et de réaliser des reportages à Moscou.
Malgré les menaces, Alexeï Venediktov continue d’exercer son métier de journaliste et de réaliser des reportages à Moscou. Thomas Kern / SWI swissinfo.ch

«C’est très simple, estime Alexeï Venediktov, ancien rédacteur en chef de la radio Écho de Moscou, qui participe aux efforts visant à ramener ces enfants chez eux. La question est la suivante: combien d’enfants ont-ils permis de réunir avec leur famille? Combien de proches ont-ils réussi à retrouver? Combien de situations ont-ils contribué à résoudre? C’est à cela qu’il faut mesurer leur action. Pas aux déclarations. Ni aux conférences. Ni aux rapports.»

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Selon des informations de presse publiées en 2023, l’homme d’affaires russe Roman Abramovitch aurait contribué au retour de certains enfants dans le cadre d’opérations impliquant la Turquie et l’Arabie saoudite. Le Qatar a également joué un rôle dans plusieurs rapatriements en servant d’intermédiaire entre les parties concernées.

En 2023, selon certaines informations parues dans la presse, Roman Abramovich aurait contribué à faciliter le retour d'enfants ukrainiens via la Turquie et l'Arabie saoudite.
Selon certaines informations de presse publiées en 2023, Roman Abramovitch aurait joué un rôle dans le retour d’enfants ukrainiens via la Turquie et l’Arabie saoudite. Sergey Bobylev / Kremlin Pool / Keystone

Plutôt que de reposer sur un unique canal diplomatique, chaque cas nécessite généralement une combinaison particulière de négociations, de contacts humanitaires et de procédures juridiques.

Le 3 juillet, la Maison Blanche a annoncé que cinq autres enfants ukrainiens et russes étaient rentrés chez eux.
Le 30 juillet, la Maison-Blanche a annoncé que cinq autres enfants ukrainiens et russes avaient pu retrouver leur famille. Mark Schiefelbein / Keystone

L’an dernier, à la suite d’une rencontre en Alaska entre le président américain Donald Trump et son homologue russe Vladimir Poutine, la Première dame Melania Trump a indiqué que huit enfants ukrainiens et russes avaient pu retrouver leur famille. Selon elle, cette avancée est intervenue après qu’elle eut demandé à son mari de soulever la question lors de ses échanges avec le président russe.

Le 30 juillet, la Maison-Blanche a annoncé Lien externeque cinq autres enfants ukrainiens et russes avaient pu retrouver leur famille. «Lorsque le mandat d’arrêt contre Vladimir Poutine a été émis, je pensais que tout allait s’arrêter, confie Alexeï Venediktov à Swissinfo. Or, le travail s’est poursuivi. Cela m’a surpris.»

Quel rôle les organisations basées en Suisse ont-elles joué jusqu’à présent?

La Suisse participe déjà à diverses initiatives en faveur des enfants ukrainiens.

Selon le DFAE, elle est engagée de longue date en faveur des enfants ukrainiens. Cet engagement passe notamment par le soutien au Comité international de la Croix-Rouge (CICR), basé à Genève, par son aide aux autorités ukrainiennes ainsi que par sa participation au Groupe des amis sur les enfants et les conflits armés en Ukraine.

La Suisse figure parmi les sept bailleurs du Fonds de partenariat pour une Ukraine résiliente. Son programme de rénovation des écoles a déjà permis à plus de 17’000 enfants de reprendre les cours en présentiel.

«La Suisse poursuivra son engagement actuel, qu’elle adaptera à l’évolution des besoins de l’Ukraine et en concertation avec ses partenaires internationaux», a indiqué le DFAE à Swissinfo.

Pourquoi est-il difficile d’établir le nombre d’enfants concernés?

Il est difficile d’estimer avec précision le nombre d’enfants concernés dans le contexte d’un conflit toujours en cours, et les chiffres avancés varient fortement.

Cette incertitude s’explique en partie par la confusion inhérente à la guerre. Elle tient aussi aux désaccords entre les deux camps quant au sort de certains enfants: sont-ils portés disparus, vivent-ils avec d’autres membres de leur famille de l’autre côté de la ligne de front ou ont-ils été emmenés en Russie contre leur gré?

La campagne ukrainienne Bring Kids Back recense plus de 20’000 cas d’enfants susceptibles d’avoir été transférés ou déportés de force. C’est ce chiffre que reprennent notamment la Commission européenne et d’autres organisations.

Des chercheurs du Humanitarian Research Lab (HRL) de l’Université Yale avancent une estimation encore plus élevée, évoquant au moins 35’000 enfants. Ce chiffre, lui aussi contesté par la Russie, a été cité par le directeur exécutif du HRL, Nathaniel Raymond, lors de son audition devant le Sénat américain.

Par ailleurs, le Kyiv Post, quotidien ukrainien de langue anglaise, cite Nathaniel Raymond, affirmant que ce chiffre repose sur une «estimation interne» encore en cours de vérification. Selon le journal, le HRL applique des critères particulièrement prudents dans l’élaboration de ses estimations.

À l’autre extrémité de l’échelle, la Commission d’enquête internationale indépendante des Nations unies n’a pu confirmer que 1205 cas précis. La commission souligne qu’elle n’examine pas l’ensemble des cas signalés, mais des échantillons représentatifs, chaque dossier devant être corroboré par trois sources indépendantes.

Selon l’ONU, ses enquêteurs doivent disposer de «preuves suffisantes et convaincantes», ce qui explique peut-être en partie cet écart important avec les estimations les plus élevées.

Texte relu et vérifié par Tony Barrett, adapté de l’anglais par Olivier Pauchard

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