Les députés rejettent en bloc la semaine de 36 heures
Le Conseil national ne veut pas entendre parler d'une réduction du temps de travail. Jeudi, il a rejeté par 93 voix contre 50 une initiative dans ce sens.
Les députés devaient se prononcer sur l’initiative de l’Union syndicale suisse (USS) intitulée «Pour une durée du travail réduite». Celle-ci prévoit que la durée du travail sera limitée à 1872 heures par an, soit 36 heures par semaine. Et cela sans diminution des petits salaires.
Les initiants demandent également que le travail supplémentaire soit limité à 100 heures annuelles. Enfin, le texte réclame que les personnes travaillant à temps partiel ne soient pas discriminées par rapport à celles qui travaillent à temps complet.
La gauche et les écologistes ont largement soutenu ce projet. Ils considèrent notamment qu’une diminution du temps de travail impliquerait une baisse du chômage. Tout comme d’ailleurs la limitation des heures supplémentaires, ces «primes à l’abus», comme les qualifie Paul Rechsteiner (PS/SG).
Les partisans de l’initiative ont également insisté sur les nouvelles conditions du marché du travail. La productivité augmente sans cesse, ce qui épuise les travailleurs. Une réduction de l’activité semble dès lors nécessaire. «Les travailleurs sont des ressources précieuses qu’il faut utiliser avec parcimonie», a notamment souligné Ruth Genner (Verts/ZH).
Enfin, la gauche remarque que l’évolution des technologies demande toujours plus de formation continue. Or, pour se former, il faut du temps.
Ces considérations se sont heurtées à un véritable tir de barrage de la droite. Elle considère en premier lieu que la réduction du temps de travail diminuerait considérablement la compétitivité de l’économie suisse.
Les représentants bourgeois du Conseil national doutent par ailleurs que la diminution du temps de travail soit synonyme de baisse du chômage. Plusieurs orateurs ont souligné que les statistiques montrent que c’est dans les pays où l’on travaille le plus que le chômage est le plus bas.
A contrario, en France, où le temps de travail est passé à 35 heures hebdomadaires depuis la mise en vigueur de la loi Aubry, le chômage reste élevé. Or, «la Suisse n’a pas à faire une pâle copie de la loi française», a remarqué Barbara Polla (Lib/GE).
La question du chômage n’est d’ailleurs plus à l’ordre du jour en Suisse. La situation économique a changé. «Ce sont désormais les bras qui manquent, surtout dans les secteurs spécialisés», a déclaré Charles Favre (PRD/VD).
Les représentants de la droite ne sont toutefois pas absolument opposés à toute idée d’une baisse du temps de travail. Mais elle doit se faire sur la base de «solutions souples et individuelles», a notamment considéré Peter Spuhler (UDC/TG). Et non pas via un cadre rigide imposé par l’Etat.
Olivier Pauchard, Lugano
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