Au moins 150 soldats condamnés à mort pour une mutinerie
(Keystone-ATS) La justice du Bangladesh a condamné à mort au moins 150 soldats de la division des Bangladesh Rifles (BDR) qui avaient participé à une mutinerie meurtrière en 2009. Des dizaines d’officiers avaient alors été massacrés.
Quelque 400 autres soldats, sur les 823 jugés lors de ce procès, ont écopé de peines de prison allant jusqu’à quatorze ans, a dit à l’AFP le procureur, Baharul Islam, devant le tribunal à Dacca. L’accusation avait réclamé la peine de mort pour plusieurs des soldats jugés pour meurtres, torture, complots et autres charges.
«Les atrocités étaient telles que même les cadavres n’ont pas été respectés», a déclaré le juge Mohammad Akhtaruzzaman à l’énoncé du verdict, devant une salle comble.
Scènes de chaos
Il a en revanche acquitté 270 accusés, provoquant des scènes de chaos dans le tribunal. Les condamnés ont eux aussi manifesté bruyamment, exprimant leur colère envers le juge.
Les 823 soldats qui ont été jugés sont considérés comme les meneurs de la rébellion. Vingt-trois civils ont eux aussi été jugés, pour participation à un complot.
Outre ce procès civil, des tribunaux militaires ont déjà statué sur le sort de quelque 6000 soldats, accusés eux aussi d’avoir participé à la mutinerie, qui s’était étendue à une quarantaine de postes frontières dans tout le pays.
Critiques de HRW
Ce procès a été critiqué par l’ONG Human Rights Watch (HRW). L’organisation basée à New York a estimé que le nombre d’accusés était bien trop important pour leur garantir un procès équitable.
«Juger des centaines de personnes dans une salle de tribunal géante, avec des accusés qui n’ont quasiment pas accès à un avocat, est un affront aux critères internationaux de la justice», a déclaré le responsable de la branche Asie de l’ONG, Brad Adams.
Des années de frustration
La mutinerie, qui avait démarré le 25 février 2009 et duré une trentaine d’heures, avait éclaté au sein des Bangladesh Rifles, une unité chargée de la surveillance des frontières.
Une enquête a conclu à des années de frustration et de colère de la part des soldats, qui réclamaient en vain des hausses de salaires et une amélioration de leurs conditions de vie.
Les mutins avaient volé 2500 armes avant de faire irruption à une réunion annuelle de hauts responsables des BDR et de les abattre. Au moins 57 officiers avaient été tués et leurs corps mutilés jetés dans les égouts ou des fosses communes.
Au total 74 personnes avaient été tuées, la plupart dans des conditions atroces: torturées, taillées en pièces ou encore brûlées vivantes. Il s’agissait de la plus importante rébellion militaire de l’histoire du pays.