A la Bâtie, l’Helvétie en question
Invité par le festival genevois, le collectif florentin Kinkaleri déboulonne les clichés sur la Suisse au fil d'un spectacle annoncé grinçant.
A suivre si l’on aime la danse, le théâtre, la musique et le rire.
«Quinze jours pour dé-neutraliser la Suisse, cette fois-ci sans l’intervention de la police SVP». Et pourtant il y aura neuf policiers sur la scène des Eaux-Vives, à Genève, où se joue pour un soir seulement (le 4 septembre) ce spectacle au titre provocateur.
Pas d’intention politique néanmoins dans la démarche de ses réalisateurs. Soit six artistes du collectif florentin Kinkaleri, invités par le festival de la Bâtie à créer une oeuvre pour la ville de Genève.
Installé à la Villa Bernasconi cet été (lieu de résidence artistique), le collectif a donc recruté, après audition, une dizaine de comédiens et de danseurs locaux pour mettre sur pied ce qu’on appelle un «work in progress».
Ce «travail en cours» s’étendra sur plusieurs épisodes et plusieurs mois. Chaque épisode est censé se dérouler dans une ville d’Europe, à chaque fois différente. Et Genève a été choisie comme premier lieu de représentation.
Aucun lien ne lie ces épisodes dont chacun prend en considération les données culturelles et sociales de la ville ou du pays dans lequel il se joue.
Ainsi, «Quinze jours pour dé-neutraliser la Suisse…» est une réponse à un incident advenu l’été dernier à Nyon (Vaud), où le collectif Kinkaleri présentait, dans le cadre du festival FAR, une performance de rue jugée alors dégradante.
Les clichés, sans la banalité
«Pour réaliser cette performance, raconte Luca, porte-parole du collectif, nous avions demandé à des gens dans la rue de crier très fort dans un micro. Après avoir enregistré plusieurs cris, nous les avons réunis puis diffusés dans la ville de Nyon. Durant la performance, la police, alertée par les habitants, est arrivée et a interdit notre spectacle. Lorsque nous avons été contactés cette année par la Bâtie, l’idée nous est donc venue de répondre à cette interdiction. Et c’est ainsi qu’est né «Quinze jours pour dé-neutraliser la Suisse…»
Pour autant, il ne faut pas y voir une revendication de tolérance lancée à l’adresse des pouvoirs publics helvétiques.
«Notre but, poursuit Luca, n’est pas de donner des leçons. Nous voulons tout simplement, comme il est convenu dans notre projet artistique, inscrire notre travail dans un cadre socio-culturel. Sur scène, nous essayons de déchiffrer les signes qui nourrissent les clichés sur l’identité suisse: la tranquillité, l’ordre, la discipline…»
Premier souci du collectif: ne pas sombrer dans la banalité. Car déjouer les clichés peut vite tourner au show de cabaret si l’on ne maîtrise pas l’expression artistique. Danseurs, musiciens et comédiens uniront donc leur talent pour «dé-neutraliser la Suisse». Affaire à suivre.
swissinfo, Ghania Adamo à Genève
«Quinze jours pour dé-neutraliser la Suisse, cette fois-ci sans l’intervention de la Police SVP», Salle des Eaux-Vives, La Bâtie, festival de Genève: le 4 septembre.
Le collectif Kinkaleri présente également, dans le cadre de la Bâtie, «West», une installation vidéo projetée dans les rues de Genève, jusqu’au 3 septembre.
– La Bâtie – Festival de Genève présente des créateurs et des projets qui se veulent souvent – et transdisciplinaires. Elle explore aussi les relations qui existent entre la création artistique et d’autres territoires de l’activité humaine (philosophie, science, politique, économie, sociologie).
– A l’intention du public, la manifestation organise des rencontres avec les artistes, des ateliers, des débats et des conférences.
– Ne possédant pas de lieu de présentation propre, le festival développe des partenariats avec de nombreuses institutions culturelles et propose ses spectacles dans leurs espaces à Genève, dans la région genevoise et en France voisine.
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