A Nyon, le président avant le roi
Ce dimanche, le soleil brille encore et toujours sur la Fête fédérale de lutte suisse et des jeux alpestres qui vivra en fin d'après-midi le sacre de son nouveau roi. Le matin, en attendant, le président de la Confédération est venu saluer la grande sportivité des lutteurs.
On l’a dit et redit, une Fête fédérale est plus qu’un événement sportif. Et parmi les nombreux rituels qui ponctuent ces trois journées triennales, il en est qui le dimanche matin occupe à chaque fois les arènes. Nyon a donc fait place au «Festakt», pudiquement appelée en français «partie officielle».
Comme à l’accoutumée, on y aura vu le traditionnel défilé de chœurs et de fanfares, de yodleurs et de lanceurs de drapeaux, d’éleveurs de chiens bergers et de lanceurs de pierre accompagnant la pierre d’Unspunnen. Ou plutôt son sosie, sécurité oblige.
L’officiel devient tout à fait solennel avec la transmission de la bannière fédérale de lutte. Elle était depuis trois ans à Berne, qui avait organisé la dernière Fête. Elle est aujourd’hui dans les mains des Vaudois jusqu’au prochain rendez-vous de 2004 prévu à Lucerne.
Le rituel des discours métaphoriques
On attendait Moritz Leuenberger qui, visiblement, espérait lui aussi cet événement. Le président de la Confédération fit son tour un tour d’honneur aux côtés du cocher, agitant les bras comme Schumacher après une victoire en Grand Prix, savourant l’heureuse coïncidence de calendrier entre cette fête triennale et sa fonction politique qui ne dure qu’un an.
Ceux qui espéraient un discours à la nation auront été déçus. Moritz Leuenberger, comme bien d’autres à cette occasion, a sacrifié au rituel des comparaisons entre le sport et la politique. Avec cette nuance que les politiciens feraient peut-être bien de s’inspirer eux aussi du fair-play pratiqué par les lutteurs (qui après chaque victoire «essuient» la sciure du dos de leur adversaire vaincu).
On n’aura pas entendu non plus de prise de position sur les grands thèmes qui font l’actualité nationale, immédiate ou non, de l’Europe à l’ONU en passant par les sans-papiers, les transversales alpines ou l’accord aérien avec l’Allemagne.
Moritz Leuenberger s’est adressé au public de ce rassemblement aux allures nettement campagnardes, quand bien même un grand nombre de ceux qui quelques minutes auparavant applaudissaient aux combats avaient précisément décidé de faire une pause cafés-sandwiches à ce moment-là.
Deux visions du monde
Le président de la Confédération ne s’inquiète pas non plus du fossé «Röstigraben», la prétendue barrière qui sépare ou séparerait Suisses romands et alémaniques. Ce qui l’inquiète, par contre, ce sont les malentendus entre villes et campagne:
«Lors de presque toutes les votations, dit-il, deux visions du monde s’opposent: la Suisse qui change et la Suisse qui voudrait rester telle qu’elle a été. Or cela a toujours été la force de ce pays de conjuguer ces deux mouvements.»
Et plus loin: «Seuls ceux qui sont conscients des traditions et des racines de ce pays et qui les respectent peuvent changer la Suisse. Et seuls ceux qui préparent la Suisse aux défis de demain peuvent maintenir l’esprit de nos traditions, à savoir une Suisse des cultures multiples, forte, neutre, qui prend sa place dans le monde avec engagement».
La rencontre entre les cultures, c’était le thème préféré des organisateurs de la Fête. Il n’est pas sûr que de ce point de vue-là ils ont vraiment réussi dans leur entreprise.
Les Romands ne sont pas arrivés aussi nombreux qu’espérés. Et s’ils sont venus à Nyon, c’est davantage en curieux réservés. Il suffisait de s’y promener un peu pour se convaincre que la langue, dans cette tentative de dialogue interculturel, semblait un obstacle quasi infranchissable.
Le roi de la «pierre» est Fribourgeois
Retour aux dures réalités de la sciure, fût-elle épaisse et mouillée. La cérémonie à peine terminée, les lutteurs ont aussitôt rejoint l’arène, leurs plus ardents supporters aussi dans les tribunes monopolisées par l’une ou l’autre des cinq grandes associations régionales de lutte. Ce qui donne aux compétitions une véritable ambiance de confrontations cantonales.
Dimanche soir, il n’est pas impossible que l’on chante «le roi est mort, vive le roi», car samedi le détenteur du titre ne s’est pas montré sous son meilleur jour. Par contre, on connaît déjà le vainqueur du lancer de la pierre d’Unspunnen.
A ce jeu mythique, c’est un Fribourgeois, Markus Maire de Planfayon, qui s’est montré le meilleur, avec un jet de 3,92 m. Ce n’est pas cette fois-ci que la limite des quatre mètres sera franchie. Mais c’est tout de même une drôle de façon, pour les Romands, que de saluer leurs cousins d’outre-Sarine en s’appropriant ce titre alors que la «pierre sacrée» vient juste de retrouver ses pénates.
Bernard Weissbrodt, Nyon
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