Art Basel, la cerise sur le tableau
Bâle s'enorgueillit de sa passion pour la culture. Art Basel s'inscrit dans la logique d'une tradition qui remonte à la Renaissance.
Cette semaine, la ville rhénane se retrouve au centre du monde artistique avec la plus importante foire européenne d’art contemporain, et peut-être même mondiale.
C’est en quelque sorte l’aboutissement d’une tradition très ancienne qui caractérise cette ville. Et qui est bien antérieure à la foire, créée en 1970.
A signaler encore que Bâle abrite aussi la toute nouvelle Cultura, foire internatonale d’art et d’antiquité spécialisée dans l’archéologie classique. Elle devrait ouvrir sa troisième édition au mois d’octobre prochain dans les locaux de la foire.
Des musées à la pelle
A noter que le Kunstmuseum, le Musée d’art contemporain, la Fondation Beyeler et le Musée Tinguely – pour ne citer que les plus prestigieux – voient leur fréquentation augmenter sensiblement durant la semaine de la foire d’art.
Du reste, toutes ces institutions préparent avec un soin tout particulier les expositions présentées à cette époque.
Guido Magnaguagno, directeur du Musée Jean-Tinguely, confirme que «tous les musées de la ville enregistrent un regain d’affluence important».
«Le brassage d’artistes, de collectionneurs, de directeurs de musées, de journalistes, une succession ininterrompue d’événements et de fêtes, tout cela, confie-t-il, nous donne le sentiment d’être dans un endroit important.»
Mais, précise Guido Magnaguagno, «ici, la vie artistique est intense tout au long de l’année». Le délégué culturel ad interim de Bâle, Sandro Messner précise que le budget culturel dépasse les 100 millions de francs.
Et il ajoute que ce budget est financé à 13% par des particuliers, sans compter les nombreux legs et dons.
Enfin, pour revenir aux musées, les mécènes privés contribuent à hauteur de 22 % de la facture annuelle.
La ville où les mécènes sont rois
A l’origine de cette tradition, la passion indéfectible pour la culture des riches familles bâloises.
En 1516, le bourgmestre Jakob Meyer commande son portrait à celui que les cours européennes allaient ensuite s’arracher: Hans Holbein le Jeune.
Lequel trouvera d’ailleurs un autre mécène, Bonifacius Amerbach, dont les descendants léguèrent à la ville leur fabuleuse collection de livres, d’estampes, dessins et tableaux, parmi lesquels on trouve les fameux Holbein que l’on peut admirer encore aujourd’hui.
C’est ainsi que naquit en 1671 à Bâle le premier musée public suisse. Il est devenu, aujourd’hui, le Musée des Beaux-Arts (Kunstmuseum).
Depuis 1933, la Fondation Hoffmann y dépose les trésors d’art contemporain qu’elle acquiert régulièrement. En attendant de s’installer en mai 2003 dans le «Schaulager», un bâtiment signé Herzog et de Meuron.
En outre, le frère de celui-là, Peter Herzog, a inauguré sa propre Fondation en avril dernier, riche de l’une des plus exceptionnelles collections de photographie du monde.
La population n’est pas en reste
Les grandes familles de la banque et de la chimie – les Sacher, Oeri, Hoffmann, Roche, Im Obersteg, Merian – ont ainsi enrichi en permanence le patrimoine artistique de leur ville.
Et, aujourd’hui, Marcel Ospel et Daniel Vasella, patrons de l’UBS et de Novartis, siègent en bonne place au sein du comité du Kunstmuseum.
Mais la population n’est pas en reste. De nombreux dons, importants ou modestes, sont anonymes.
En 1967, le peuple s’est prononcé par référendum en faveur du rachat de deux Picasso au profit du musée. Du coup, l’artiste en offrit quatre autres.
De même, la population de Riehen a voté en faveur de la Fondation Beyeler, construite par Renzo Piano en 1997 et dont le canton assure le tiers des frais d’exploitation.
«Dans le domaine des arts plastiques, conclut Guido Magnaguagno Bâle peut effectivement être considérée comme la capitale suisse.»
«En ce qui concerne le commerce et le sponsoring, admet toutefois le directeur du Musée Jean-Tinguely, Zurich est plus forte. Bâle fonctionne toujours avec le vieux système du mécénat, plus soucieux de contenu que de prestige.»
swissinfo/Isabelle Eichenberger
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