Christophe, notes et mots bleus
Première star des 7e Francomanias, Christophe a conclu la soirée de mardi. Ou quand un ex-champion du hit-parade revient dans la peau de chanteur-culte.
1h40 du matin. Christophe, seul à la guitare, chante la dernière note de «Petite fille du soleil». «Une surprise», comme il dit. Le voyage a commencé deux heures et demi plus tôt…
On rembobine la bande… Le chanteur entre en scène. Petite silhouette, svelte, mais un peu raide. Santiags noires, costard noir, T-shirt blanc moulant. Yeux cachés par des lunettes noires, qui contrastent avec les longs cheveux blonds décolorés, coiffés en arrière avec soin. Poses de statue.
Premier concert en Suisse
Christophe le dandy est là, indéniablement là, malgré 27 ans d’absence scénique, des excès en tous genres et un parcours pour le moins atypique. Le retour a eu lieu ce printemps, à Paris, suite à la parution de l’album «Comm’ si la Terre penchait». Sa venue à Bulle est une première pour la Suisse.
En fond de scène, un écran géant. En guise d’auréole, une sorte de cage chromée, qui encadre le chanteur. Autour de lui, sept musiciens, dont deux jeunes guitaristes très présents et le remarquable accordéoniste Daniel Mille.
Pendant tout le spectacle, le son est ample, vaste. Et, perçant l’orchestration, il y cette voix qui, dans un effet de réverbération immense, balance entre le miaulement d’un chat blessé et la plainte d’un homme fêlé. Même si l’on connaît par cœur – et depuis si longtemps – la voix de Christophe, l’effet est saisissant.
La négation du temps
Dans son spectacle, intitulé «La route des mots», Christophe emmêle allégrement l’ancien et le moderne. Guitares brillantes des 60’s, guitares distordues des 70’s, grosses nappes de synthé des 80’s, samplings des 90’s. Comme un survol historique, mais qui se ferait de façon simultanée plutôt que successive.
Avec cette approche-là, le chanteur peut alors relire tout son répertoire avec cohérence. Depuis les tous derniers titres («Elle dit, elle dit, elle dit…», «L’enfer commence avec L») jusqu’à des choses enfouies dans la mémoire des juke-box: «La petite fille du troisième» (1970) ou «Aline» (1965), que la sobriété de l’arrangement – piano, guitare électrique, synthé – rend intense. «Effectivement, c’est une très belle chanson», conclut Christophe après que le public a applaudi avec bonheur.
A propos de tubes, ils sont tous au rendez-vous. «Les marionnettes», transformées en ballade, picking et accordéon, mais aussi «Señorita», fidèle à l’original, «Succès fou», plus kitsch que jamais, ou, en presque final, «Les mots bleus».
Dans le spectacle de Christophe, pas de démarche pseudo-branchée, pas de dérives techno-givrées comme l’album «Bevilacqua», par exemple, en regorgeait. Plutôt une relecture mature, privilégiant mélodie et émotion. Un goût certain pour l’emphase, la grandiloquence moite, comme en témoignent ses slows les plus torrides: «J’l’ai pas touchée», «Minuit Boulevard», «L’enfer commence avec L».
A l’arrivée, l’unité, voire la cohérence d’un répertoire qu’on croyait, à tort, disparate. Alors que les albums en public sont devenus des objets souvent superflus, là, on espère, et on se réjouit que ce Christophe réunifié et harmonisé soit gravé sur CD.
swissinfo/Bernard Léchot
En conformité avec les normes du JTI
Plus: SWI swissinfo.ch certifiée par la Journalism Trust Initiative
Vous pouvez trouver un aperçu des conversations en cours avec nos journalistes ici. Rejoignez-nous !
Si vous souhaitez entamer une conversation sur un sujet abordé dans cet article ou si vous voulez signaler des erreurs factuelles, envoyez-nous un courriel à french@swissinfo.ch.