Dans «L’Atelier», rire et cruauté se tissent avec succès
La pièce de Jean-Claude Grumberg, accueillie au Théâtre de Carouge (GE), dévoile la vie d'une poignée de couturières dans le Paris d'après-guerre.
C’est la chorégraphie d’un mouvement collectif qui accroche surtout le regard du spectateur. Sur la scène de Carouge, cinq femmes manient la couture avec une sensualité brutale.
Leurs aiguilles effleurent le tissu puis s’en libèrent aussitôt. Les avant-bras se cassent alors au niveau du coude et ramènent, dans un geste ample, le fil sur l’étoffe.
Dans le spectacle, ce mouvement se répète avec une ferveur à chaque fois brisée par les répliques desquelles se dégagent la joie et les désillusions des personnages.
Si Brecht était là, il aurait parlé de gestus social. Car c’est toute une classe et sa destinée qui se découvrent ainsi. Ces femmes sont employées dans un atelier de couture. D’où le titre de la pièce, «L’Atelier», que met en scène Gildas Bourdet.
Nous sommes à Paris, en 1945. La France d’après-guerre saigne encore. Gagner sa vie est difficile, d’autant que le patron n’est pas un tendre. Pour garder son travail, il faut donc livrer un combat.
Inspiré par le texte, ce combat revêt, grâce au mouvement chorégraphié, un caractère épique: les actrices jouent l’effort indispensable à la survie des couturières.
Parmi celles-ci, il y a Simone, double de la mère de Grumberg. La pièce s’inspire de la vie de l’écrivain, lui-même fils d’un tailleur juif mort en déportation.
Dans «L’Atelier», le dramaturge rend donc hommage à sa mère, couturière zélée à la recherche de son mari déporté. Rire contre cruauté. Chez Grumberg, le pathétique ne s’installe jamais.
Dans le spectacle, il est constamment déjoué par l’interprétation remarquable de Mimi (Marie-Christine Orry). Laquelle oppose à l’optimisme timide de Simone (Nathalie Hugon) la verdeur d’une ouvrière qui s’amuse à griffer la vie.
Ghania Adamo
«L’Atelier». Théâtre de Carouge (GE); jusqu’au 31 janvier. Tel. 022/343 43 43.
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