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Des amateurs se défoncent au long-métrage

Köchlin et Fabbro, deux enquêteurs concurrents, et pas des amateurs!

Polar mystique fabriqué de A à Z par une équipe d'amateurs éclairés par l'ambition du photographe Didier Varrin, «Le 3e clou» sera en projection spéciale au Festival International du Film Fantastique de Neuchâtel (NIFFF).

La forêt jurassienne n’est pas toujours sympathique. Surtout quand on s’appelle Jean-Luc Köchlin et qu’une fois de plus, on y est lâché par sa voiture.

D’autant que dans le village voisin, la fiction rejoint la réalité. Les morts s’accumulent, et à l’ombre du terrorisme international s’ajoute celle d’un limier du Vatican à la recherche d’un clou volé par une secte…

Anti-héros dépressif, la barbe en bataille et les valoches sous les yeux, l’enquêteur des services de renseignements suisses finira par émerger du bois. Pour la plus grande joie des ongles du spectateur et de la baignoire du petit hôtel de Courteval.

«Tout ce qui est complot, polar et mystique me titille, explique Didier Varrin, le réalisateur. Le modèle, c’est Da Vinci Code. Le livre, pas le film, moins réussi.»

Titillé: le mot est faible. Chef photo d’un magazine romand, Didier Varrin a «déjà fait deux trois petites choses» en vidéo. Son envie, réaliser un vrai film, du début à la fin. «Un peu de la folie, reconnaît-il. Mais je voulais mettre la main à la pâte.»

Tous amateurs

Fin 2004, avec le journaliste Patrick Morier-Genoud, Didier Varrin planche sur un scénario et son découpage («Ça prend un temps fou!»), et assure les repérages. Il contacte familles et amis susceptibles de participer à l’aventure – ils seront une bonne quarantaine, sans compter les figurants.

«On est parti en écrivant, sans se donner de limites de durée (…). L’envie était aussi de travailler sans professionnels, pour garder le côté amis-qui-bossent-ensemble. Tout le monde, y compris les comédiens est amateur.»

Deux ans plus tard, à défaut des dialogues, que la trentaine d’acteurs devront ingurgiter presque en temps réel, le scénario est couché sur papier. Pâques 2006, le tournage peut commencer. Il dure vingt-six jours de week-end. Sous la neige, sous la pluie ou juste avant l’averse suivante.

L’équipe se coltine notamment trois jours de pluie ininterrompue dans la forêt, à tourner sans abri. Très bien pour l’ambiance du film. Mais il faut conserver son allant et veiller à la motivation de chacun.

L’Arc jurassien

«Tout l’intérêt et toute la difficulté de mener un tel projet, c’est les gens, constate Didier Varrin. C’est gérer des gens qui viennent de tous les horizons, de tous les métiers, avec des attitudes et des comportements complètement différents. C’est essayer de se mouvoir là au milieu, sans faire trop de dégâts et en arrivant au bout du projet.»

Sur le versant technique, la petite maison de production (La Forge Prod.) créée pour l’occasion acquiert un caméra HDV et déniche sur internet un traveling et le matériel d’éclairage. Le steadycam est prêté par un photographe de la région qui suivra tout le tournage.

Un tournage réalisé dans l’Arc jurassien, et surtout dans le canton du même nom. Une région propice aux ambiances sombres du film, terre d’origine des Varrin, famille connue dudit terroir.

«Au moment d’aller s’adresser au curé du village pour dire qu’on va utiliser le cimetière, y creuser une tombe et filmer un faux enterrement, c’est plus facile quand on s’appelle Varrin et qu’on vient de Courgenay!»

Projeté au NIFFF

Après le tournage, le montage. Un an et demi au rythme de trois ou quatre heures par soir et trois-quarts des week-ends. En parallèle, Bernard Léchot, journaliste à swissinfo, musicien et acteur principal du film, imagine et enregistre la bande-son. Du neuf pour lui aussi.

Avril 2008, le film est achevé. Le réalisateur aussi, qui ne peut retenir son émotion lors de la première présentation publique. «Je suis très fier, confie Didier Varrin. Ce film a plein de défauts. Ça reste un projet monté par des amateurs. Mais il tient la route.»

Et sa route le mène au NIFFF, qui a décidé de le programmer avec d’autres films de la région réalisés sur la base d’initiatives personnelles. Des films «dont la qualité nous a impressionnés», assure la directrice artistique du festival.

«Il est intéressant de voir le cinéma comme une expérience sociale, un travail de groupe dans lequel on acquiert des compétences et où chacun y va de son apport particulier. Il y a tout ça dans ce film, analyse Anaïs Emery. Et il est assez rare de voir un long métrage réalisé par des amateurs.»

Faire fructifier

Cette séance au NIFFF, Didier Varrin la prend comme une chance. «On a le pied dans la porte, on va essayer de faire fructifier cette projection, de prendre des contacts, et éventuellement de participer à d’autres festivals en Suisse et en France».

Le film sortira en DVD à l’automne. Internet, projections dans la région et en France voisine: «L’avenir du film est complètement lié à l’énergie que les gens qui l’ont fait mettront à le diffuser», estime Anaïs Emery.

Didier Varrin y veillera. D’autant que son film, il le considère aussi comme «un marchepied pour la suite. Car suite il y aura. Moi, ce qui m’intéresse, c’est la réalisation». Köchlin, te rendors pas trop vite.

swissinfo, Pierre-François Besson

«Le 3e clou» est présenté en projection spéciale dimanche 6 juillet à 13h30 au Théâtre du Passage à Neuchâtel (150 places).

Sa fiche d’identité:

Pays de production: Suisse

Année: 2008

Format: HD numérique

Version: VF

Age minimum: film tous publics

Genre: fantasy

Réalisateur: Didier Varrin

Scénario: Patrick Morier-Genoud

Distribution:
Bernard Léchot
Corinne Bloch
Rolf Kesselring

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