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Dinos 3: Sur les pas de Saint-Ex, et d’Astérix

Ouarzazate, vouée au cinéma et née d’une caserne. swissinfo.ch

A la recherche des dinos marocains... La route continue, passe par Ouarzazate pour aboutir à Toundout, but du voyage.

Du Tizi-n-Tichka, la route descend vers le sud en serpentant plus mollement dans les rochers. Apparaît une première casbah et son village soudé à ses murs de pisé déglingués. Peu après, un désert de caillasse s’ouvre devant nous. Au loin, Ouarzazate, grise, brune et ocre, et plus loin encore, la silhouette du Jbel Sarhro, l’Anti-Atlas.

Saint-Exupéry est passé par Ouarzazate. Le vrai. Lawrence d’Arabie aussi, mais sous les traits de Peter O’Toole. Et, plus récemment, Maximus, le valeureux «Gladiator» de Ridley Scott. Ainsi qu’Astérix, Obélix et l’ineffable architecte Numérobis. Car les «Studios de l’Atlas», à l’entrée de la ville, ne désemplissent pas. Et la cité de s’étoffer à coups de grands hôtels, destinés aussi bien aux professionnels du cinéma qu’aux touristes avides d’excursions caillouteuses en 4×4.

Thé à la menthe chez Mohammed, un Berbère Touareg qui, lorsqu’il ne commerce pas dans le désert, tient magasin de tapis en ville. A-t-il déjà entendu parler de dinosaures dans la région? «Des dinosaures? Ah, ces animaux qui ont disparu… Nos grands-parents nous racontaient qu’il y avait autrefois des grands animaux comme ça, et cela nous faisait peur, parce que c’était des animaux trop grands». Autrefois, c’est-à-dire du temps de ses grands-parents ou bien avant? Le mystère demeure. Quoi qu’il en soit, on est sur la bonne route…

Hors des sentiers battus

A l’est de Ouarzazate s’étend un lac artificiel qui rassemble les eaux venues de l’Atlas. Mais, sinon, c’est une vaste zone désertique – le «sillon sudatlasique» – que nous traversons pour joindre Skoura, et de là, Toundout, un bourg aux maisons de pisé, adossé aux contreforts du M’Goun, proche d’un oued et entouré d’une oasis. Une fois de plus, choc des couleurs: rouge de la terre et des maisons, vert de la végétation, bleu profond du ciel et blanc immaculé des sommets.

Le site est niché à flanc de coteau et la pente est raide. Rochers, cailloux, sable, quelques épineux. Juste en dessous, il y a quelques maisons dont les habitants ont dû être plutôt surpris par toute cette activité développée à côté de chez eux. Du chantier, sur lequel travaillent une douzaine de personnes, le regard plonge dans des cours intérieures de terre battue, où sont parquées quelques vaches.

Trois gisements

«Le site», c’est en réalité trois gisements. Pour le moment. Car d’autres pourraient encore être révélés. En haut de la colline, le premier, historiquement. Mis à jour en 1998, ce premier gisement a été exploité l’année dernière et ce qu’il recelait a déjà été envoyé à Rabat.

Un peu en contrebas, un autre gisement, dont l’exploitation profonde est encore à venir. Et en bas de la pente, celui où s’affairent aujourd’hui les paléontologues, à coup de burins divers, de marteaux, d’ustensiles de dentisterie, de scalpels et de… couteaux à huître. Devant eux affleurent notamment des côtes, des vertèbres, un débris pelvien… et une énorme tête d’os qui en dit long sur la taille que doit avoir la pièce entière, encore enfouie.

Alors que les chercheurs s’adonnent à leur travail avec une méticulosité de chirurgien, quelques manœuvres creusent le sol à l’aide de pelles et évacuent les déblais avec une brouette. Tout semble se passer tranquillement, de façon relativement informelle et parfaitement artisanale.

Top secret!

Pas d’immense trou béant. Pas plus de nuées d’ouvriers en train d’exhumer des carcasses géantes. Rien de spectaculaire. Le néophyte est presque déçu. Ah bon, c’est ça, la fouille d’un site paléontologique à la richesse vraisemblablement incroyable? Oui, c’est ça. Mais attention… l’image de l’artisanat décontracté peut être fallacieuse. Car derrière cette atmosphère bon enfant se cache une autre réalité: la confidentialité du gisement.

«C’est un site que nous avons découvert il y a trois ans. Nous avons sensibilisé les autorités locales pour qu’il soit protégé. Pendant un an et demi, le gisement du sommet a été gardé nuit et jour par les autorités locales et par deux ouvriers que nous avions mandatés», précise Najat Aquesbi, chef de service au Musée des sciences de la Terre, à Rabat.

Crainte des pillards, sans doute. Et des confrères indiscrets peut-être. Mais les photographes ne sont pas davantage désirés: interdiction totale de saisir la moindre image des lieux, ni des chercheurs. Un peu comme dans une base militaire soviétique, époque guerre froide.

Notre reportage sera donc sonore, mais ce ne seront que nos mots qui pourront le rendre visuel…

swissinfo/Bernard Léchot

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