‘En attendant la grippe aviaire’, on s’amuse
Humour noir pour la dernière pièce d'Antoine Jaccoud présentée à Lausanne avant Genève.
L’auteur vaudois y dénonce le catastrophisme et l’agitation sociale qui entourent le problème de la pandémie.
Aristophane avait fait des «Oiseaux» les héros d’une cité idéale. Depuis, les temps ont bien changé pour ces pauvres bêtes, du moins au théâtre. Sous la plume de nos auteurs, les oiseaux sont devenus les anti-héros de nos villes – pas vraiment idéales.
Antoine Jaccoud s’est emparé des volatiles pour en faire les protagonistes invisibles de sa dernière pièce ‘En attendant la grippe aviaire’. Un texte à la veine comique que le dramaturge vaudois met en scène au Théâtre de l’Arsenic, à Lausanne.
Pour l’écrire, il s’est plongé dans les rapports scientifiques sur le virus H5N1, publiés par l’OMS et l’Office fédéral de la santé publique. Sa démarche est donc sérieuse, mais maquillée par un humour catastrophé qu’on lui connaît bien.
Un sujet anxiogène
«La grippe aviaire, lâche Jaccoud, c’est le territoire idéal pour moi. C’est un sujet totalement anxiogène et j’y trouve l’occasion de dénoncer, sur le mode de la satire, cette immense agitation sociale qui entoure le problème de la pandémie.»
«Les recommandations des autorités scientifiques et les mesures à prendre en cas d’attaque massive (fermeture des écoles et des crèches, limitation des transports et des commerces…) sont bien sûr rationnelles», poursuit-il.
«Mais on se demande comment une société aussi cynique et individualiste que la nôtre, avec des ressources spirituelles défaillantes, pourrait se soumettre à ces mesures? C’est le choc de ces deux visions qui constitue le noeud de ma pièce.»
Sur scène, un couple lambda. Un homme et une femme des plus ordinaires, face à un speaker (représentant des médias) qui leur envoie à dose massive des informations catastrophiques sur la grippe aviaire.
Thématique apocalyptique évitée
«Ce qui m’intéresse, explique Antoine Jaccoud, c’est la réaction du couple, les pressions psychologiques qu’il subit. Il y a une problématique de l’apocalypse sur laquelle on ne réfléchit jamais. Jusqu’ici, on s’est préoccupé des mesures à prendre, mais aucun journaliste n’est allé voir comment vivent au quotidien des gens menacés par une pandémie.»
Pour l’auteur vaudois, il y a urgence. «Ici, le débat intellectuel est très lent à venir, déplore-t-il. Or le théâtre, bien plus que le cinéma, autorise une rapidité de réaction et une amplitude de vibrations dont il faut absolument se servir.»
swissinfo, Ghania Adamo
‘En attendant la grippe aviaire’, à voir à Lausanne au Théâtre de L’Arsenic, jusqu’au 26 novembre.
A voir ensuite à Genève, au Théâtre Saint-Gervais, du 29 novembre au 15 décembre.
Mise en scène: Antoine Jaccoud.
Avec: Jean-Luc Borgeat, Françoise Boillat, Pierre-Isaïe Duc.
Antoine Jaccoud est né en 1957 à Lausanne.
Il s’est formé à l’écriture dramatique auprès de cinéastes tels que le Polonais Krysztof Kieslowski, auteur notamment de Trois couleurs: Bleu/Blanc/Rouge.
Après avoir écrit des scénarios et animé des ateliers dans des écoles de cinéma, il a écrit pour le théâtre, collaborant notamment avec le dramaturge romand Denis Maillefer.
Antoine Jaccoud est l’auteur de plusieurs pièces, notamment ‘Je suis le mari de ***’ (1999) ou ‘Le voyage en Suisse’ (2003).
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