Expo.02, vite…
Finie, la timidité helvétique face à Expo.02. Ils sont nombreux, les Suisses, à vouloir vite encore profiter de la fête.
Quant à ceux qui y travaillent au quotidien, ils voient l’échéance approcher à grands pas… Ambiance.
Evidemment, la fiancée était impressionnante. Grande. Lointaine pour certains. Et puis elle s’était entourée d’un tel voile de mystère, pendant si longtemps, on avait tant glosé à son propos, qu’elle imposait une certaine réserve.
De plus, sa réputation était mauvaise. L’expo? Trop chère. Trop criarde. Chaotique. Et donc pas suisse du tout, en fait. Qui allait-on rencontrer, finalement? Une sympathique campagnarde, honnête et travailleuse? Une intellectuelle aussi coincée qu’hermétique? Ou une citadine allumeuse, fardée et provocante?
Et puis d’ailleurs, comment lui rendre visite, à cette inconnue? Comment entrer judicieusement chez cette Madame Expo.02? Par lequel de ses domiciles? Neuchâtel, Bienne, Yverdon, Morat? Sans oublier son improbable résidence mobile, le bateau du Jura…
Quand la dame ouvrit sa porte, ou plutôt ses portes, le 15 mai dernier, la prudence, la défiance, voire simplement la timidité, étaient de mise. Cinq mois plus tard, l’échéance finale étant imminente, l’heure est à la déferlante.
Ainsi, dimanche 13 octobre, par un soleil radieux, Expo.02 connaissait un nouveau record de fréquentation: 124 336 entrées en un jour. La semaine qui a suivi, le gris et le frais se sont installés. Mais le public a continué de défiler, massivement.
Neuchâtel, mi-octobre
Sous le ciel bas, l’arteplage de Neuchâtel a un goût de fin de fête. Les visiteurs, vêtus de vêtements chauds, semblent avoir perdu un peu de la jovialité qui caractérisait le public estival.
Mais peut-être est-ce moins dû à la météo qu’aux files d’attente, qui font l’objet de critiques récurrentes. Une voix va plus loin: «La technologie informatique du pavillon ‘Ada’, ils auraient mieux fait de la mettre au profit de la gestion du public!»
Parmi les visiteurs, on trouve de tout. Les habitués, qui profitent de prendre une dernière bouffée d’Expo.02. Ou les retardataires, qui auront repoussé leur visite jusqu’à la dernière minute. La question de l’attente exceptée, tous s’accordent sur le plaisir qu’ils ont à arpenter l’arteplage.
Le plaisir plutôt que l’argent
L’imminence de la fin d’Expo.02 entraîne-t-elle des regrets? «C’était intéressant, mais on savait que ça ne durerait pas éternellement!» répond pragmatiquement un retraité neuchâtelois. «Dommage que ce soit fini, tout de même», rétorque son épouse.
«C’est plutôt triste, constate une femme fribourgeoise. C’était intéressant et cela soulevait beaucoup de questions».
Parmi les questions soulevées, celle de l’argent public dépensé. Alors, que retiendront-ils d’Expo.02? Le plaisir de la visite ou l’amertume du coût? Hormis un jeune Soleurois chevelu («Les deux! L’expo est belle, mais vraiment très chère», dit-il), la balance penche résolument du côté de la première proposition.
«Le plaisir, c’est certain. Je trouve que c’est grandiose. Quand on regarde l’expo, on oublie le reste», répond une femme qui fut visiteuse avant d’être infirmière dans le cadre de la manifestation.
Et notre pragmatique retraité neuchâtelois va dans le même sens: «Le plus important, c’est qu’Expo.02 ait eu lieu. Bon, ça a coûté beaucoup d’argent, mais on ne peut pas avoir le petit pain et les sous! Il faut choisir, dans la vie!»
Vu de l’intérieur
Si un agent de la sécurité constate que pour lui, «c’était un job comme un autre, avec toutefois un peu plus de responsabilités», pour beaucoup d’autres employés d’Expo.02, l’heure est à l’apparition du vague à l’âme.
«Le spleen commence à m’envahir. Quand je vois cette architecture, ces galets…», constate le responsable de l’accueil des visiteurs au pavillon ‘Mana’. Et d’ajouter: «J’ai vu les premiers visiteurs, je verrai les derniers».
A ce propos, une question l’interpelle: «Les habitués qui viennent chaque jour, je me demande ce qu’ils feront, où ils iront la semaine prochaine et les suivantes». Car Expo.02 a ses habitués, essentiellement des retraités de la région qui ont totalement adopté, intégré l’expo au quotidien de la cité.
Pour notre interlocuteur, issu de la région, Expo.02 cela aura également été des rencontres, des «échanges fructueux», et même des retrouvailles: «D’anciens copains que j’avais perdus depuis plus de quarante ans, à la sortie de l’école!»
Tant pis pour eux!
Les Suisses, on l’a dit, auront été nombreux à se déplacer sur les arteplages. Et pourtant, un certain nombre d’irréductibles opposants auront résisté jusqu’au bout. Si les visiteurs que nous croisons tombent un jour sur l’un de ces inflexibles ‘neinsager’, que lui diront-ils?
«Que c’est dommage de ne pas être venu: il y en avait pour tous les goûts», constate un promeneur. «Je lui dirai qu’il y avait des trucs à voir et qu’il a donc loupé quelque chose» répond une très jeune fille. «Tant pis pour lui!», ajoute une autre.
Retour au responsable de l’accueil de ‘Mana’, auquel nous laisserons le mot de la fin: «Je lui dirai que c’est son droit le plus strict, étant donné qu’il est Suisse et qu’il a la chance de vivre dans un pays où on peut avoir toute opinion. Même une opinion indéfendable.»
swissinfo/Bernard Léchot
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