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Histoires – presque – vraies

Détail de la couverture. Editions Cabédita

Au fil des pages, Rolf Kesselring arpente le temps et l'espace. Et s'arrête un instant dans une Genève au parfum d'antan.

Plus précisément, il se plonge dans «On m’a dit… sous le jet d’eau: histoires presque vraies», un ouvrage signé Pascal Hoffer.

Naguère, un présentateur de télé connu m’avait dit: «Vous, Kesselring, les livres vous ont fait… et ils vous ont défait.»

Il avait raison, le bougre! À ceci près que s’ils m’ont fait, puis défait, je tiens à dire qu’ils m’ont, aussi, donné à vivre la plus époustouflante aventure de ma vie, la plus captivante des passions amoureuses et, qu’encore aujourd’hui, je les aime sans aucune modération. On peut même dire que je ne vis plus que pour ça.

Alors des livres, je m’en gave, m’en indigestionne, vorace et gourmand. Je lis tout ce qui me tombe sous la main et sous l’œil. À en perdre le sommeil, à m’en gâter la vue, à perte de lignes. Et je passe joyeusement d’un genre à l’autre sans me soucier de faire un choix. Je vous le répète: je lis tout. Vraiment tout!

Lire, c’est voyager, je le jure!

Cette semaine, par exemple, j’ai dévoré, avec délices, un gros pavé de 730 pages, intitulé «AquaTM», de Jean-Marc Ligny (Éditions de l’Atalante-Nantes).

2030. Catastrophes climatiques, terrorisme, et guerre pour l’eau. Un futur proche, très proche… Presque de l’actualité. Un petit bijou de lecture, façonné par un orfèvre.

Ensuite, je me suis lancé dans ce «Demain, une oasis» de Ayerdahl. Proche avenir encore. Un fonctionnaire de l’OMS, médecin comme il se doit, se fait enlever par des terroristes. Il se retrouve en plein désert à soigner de force des démunis. Il n’en reviendra pas indemne…

Pas rassasié du tout, j’ai mis la main sur le volume suivant : «On m’a dit… sous le jet d’eau: histoires presque vraies» (Éditions Cabédita). Un véritable voyage dans le temps et dans l’espace…

Mettez-vous à ma place: je passais sans transition d’un futur plus ou moins lointain à un passé assez récent. Tour de passe-passe, magie du livre: je revenais du Burkina-Faso, après avoir parcouru l’Amérique du Nord, l’Europe, puis le Soudan, à moins que cela ne soit la Somalie, pour atterrir en souplesse dans les rues et bistrots de Genève!

Quand je vous dis que lire, c’est voyager…

«De bleu, de bleu!»

Et là, une fois arrivé, j’ai parcouru Genève dans tous les sens, y compris ceux de la tendresse et de la nostalgie. J’ai arpenté rues et ruelles, berges du Rhône et parcs fleuris. Je suis entré chez la Tine et j’ai savouré le mythique émincé de veau à la zurichoise, je me suis décapé l’œsophage avec du «perlan». J’ai savouré la «longeole» odorante, reçu en pleine poire les embruns du célèbre jet d’eau. «De bleu, de bleu!» Bref, je me suis mouillé.

Avec Aimé prudent, j’ai achevé de vivre en buvant du thé chez cette aimable et hospitalière blondinette, du côté de la voie Jean Violette.

En lisant, malgré moi, j’ai chantonné: « L’autre soir, ta pomme, ta poire… au Café du Molard, ta pomme, ta poire, y avait trois zigomars, ta pomme ta poire…qui faisaient du chambard, ta pomme, ta poire…»

Du coup, les souvenirs d’un Genève d’antan m’ont envahi. La mémoire a déferlé comme une lame de fond dans ma tête: la Grand-Rue, l’Estaminet de Saint-Germain et l’ami René, le patron.

Des années plus tard, les visites heureuses chez Ceppi et Paule, dans cette rue du côté du Boulevard Carl-Vogt, tellement genevois qu’ils parlaient de Lausanne comme d’une ville étrangère. Et encore, le Bar du Nord et l’ami Pellaz, à Carouge… ou, plus loin, l’Auberge Sarde et l’efficace Corinne que j’aimais.

En refermant cet ouvrage, je ne savais plus si c’était vrai que le Titanic avait été coulé par une Mouette, quelque part dans la rade et si les puciers de Plainpalais m’avaient vendu cet ouvrage plein de nostalgie.

L’auteur s’appelle Pascal Hoffer. Je me souviens de l’avoir rencontré, il y a longtemps, dans les couloirs d’une certaine tour cuivrée, avenue de la Gare, à Lausanne. Il était journaliste.

«Mézigue», loup affamé, je rôdais autour des rédactions, déjà attiré par l’odeur de l’encre et du papier.

«Lorsque le mensonge est beau…

… il mérite d’être vrai!» m’avait dit un jour ce personnage péremptoire. Dois-je préciser que ce dernier est né gascon, comme d’Artagnan et Maurice-le-râleur? Je ne sais pas si l’ami Pascal a véritablement recueilli ces histoires de la bouche des piliers de bistrots et autres fantômes qui hantent la cité de Calvin, mais elle méritent toutes d’être authentiques.

Je ne sais pas non plus, si Pascal Hoffer les a enjolivées, augmentées, épaissies, mais cela n’a pas vraiment d’importance dans la mesure où, après une terrible soif dans le désert, la folie des entreprises prédatrices du Nord, et la grande misère des gens d’Afrique, j’avais absolument besoin de renouer avec le pays tel que je l’ai connu.

«L’autre soir, ta pomme, ta poire…»

swissinfo, Rolf Kesselring

«On m’a dit… sous le jet d’eau: histoires presque vraies» par Pascal Hoffer. Éditions Cabédita, Yens sur Morges.
«Aqua TM » par Jean-Marc Ligny. Éditions de l’Atalante, Nantes.
«Demain, une oasis» par Ayerdhal. Éditions Au Diable vauvert, Vauvert

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