«Hiver» gèle les émotions
La pièce du jeune auteur russe Evguéni Grichkovets est présentée au Théâtre Saint-Gervais, à Genève. Elle est mise en scène par Philippe Goyard.
Les fées ont été inventées pour faire rêver. Celle qui investit la scène du Théâtre Saint-Gervais est plutôt Carabosse. Une robe noire étriquée moule ses rondeurs, son bas a un gros trou et ses cheveux hirsutes l’apparentent à une gorgone.
Incarnée par Andrée Benchétrit, elle est censée éclairer la nuit de deux soldats transis de froid et d’effroi dans une forêt dont les arbres anguleux et enneigés sont comme des pics de terreur, taillés dans une toile blanche (décor Sylvain Lubac).
Musique à tout berzingue
Nous sommes quelque part en Russie, en plein hiver. Un «Hiver» qu’Evguéni Grichkovets, 36 ans, auteur dramatique d’origine ukrainienne, met en place dans sa pièce éponyme pour mieux geler le rapport à la vie de ses deux soldats.
Pour pouvoir aussi déclencher leurs rêves d’évasion et autoriser toutes sortes de divagations chez les deux serviteurs de l’armée, dont la mission reste floue. Que fabriquent-ils dans cette forêt? Ils sont supposés faire «exploser l’objectif» placé à distance, mais se demandent si «c’est un foutu exercice de plus» ou si «c’est pour de vrai».
Une fois posée, cette question est oubliée au profit d’une très longue parenthèse où s’engouffre une conversation sur les plaisirs de l’existence, largement fantasmés. La parenthèse ne se referme qu’à la fin. Et la réponse attendue arrive alors sous forme d’intervention fantasmagorique qui met en cause la nécessité de toute opération militaire.
Pas de leçon politique, néanmoins, à l’horizon de la pièce, sauvée par le merveilleux; lequel, hélas, fait cruellement défaut à la mise en scène du Français Philippe Goyard. Celui-ci a voulu la présence, sur le plateau, d’un guitariste et d’un violoniste dont la musique, lancée à tout berzingue, couvre la voix des acteurs (Thomas Cliquennois et Gérald Robert-Tissot) obligés d’hurler leur texte.
L’attitude statique que ces deux-là adoptent n’arrange pas les choses. A plat ventre la plupart du temps, ils ne sont plus deux soldats à l’assaut des rêves, mais deux pleutres rampant devant leurs irrépressibles angoisses.
swissinfo/Ghania Adamo
«Hiver», à Genève, Théâtre Saint-Gervais; jusqu’au 1er juin. Tel: 022/ 908
20 00
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