«Klangturm», le monument-instrument
Trois tours dominent l'arteplage de Bienne. Dont le «Klangturm», une tour sonore qui métamorphose les bruits d'Expo.02 en musique.
Le Pont-Hélix, cette longue passerelle qui traverse le port de Bienne, s’enroule autour des trois tours du Forum, imaginées par les architectes viennois de «CoopHimmelb(l)au». Lorsqu’on la suit, progressivement, une musique nous parvient, ou plutôt une ambiance sonore.
Elle provient de la «Klangturm», haute de 42 mètres, celle des trois tours qui ressemble à une cafetière italienne géante. A l’origine, elle aurait dû rester vide, comme les deux autres, simples sculptures monumentales. Squelette métallique, filet de plastique gris et translucide pour l’habiller. Mais le musicien Andres Bosshard est passé par là.
Le plus grand instrument au monde?
«Avec Andres Bosshard, on voulait créer une installation sonore dans le parc, explique Pidu Russek, responsable artistique de l’arteplage biennois. Et puis on a vu que cette tour serait le lieu idéal. Car, aujourd’hui, c’est toute la tour qui est un instrument. Peut-être l’instrument le plus grand qui ait jamais été construit.»
Principe de cet instrument monumental: des micros sont répartis en bas de la tour, mais aussi sur l’arteplage, et même sous l’eau. Dans la tour, sur une nacelle suspendue à quelques mètres du sol, des artistes-techniciens jouent les chefs d’orchestre….
Chacun attelé à un ordinateur portable, doté de logiciels hyper sophistiqués et connectés à des racks d’effets variés, ils réunissent en direct les sons, les trafiquent, les combinent à des créations personnelles, pour donner naissance à la musique. Cela tient des tapis sonores de Klaus Schulze, des fonds planants de Pink Floyd ou du bruitisme de Pierre Henry.
«Comme dans un observatoire acoustique, on écoute les pulsations, les respirations de tout l’arteplage. On les mixe, et on écoute donc dedans ce qui vient de dehors. C’est toujours un équilibre de sons et de paysages sonores», s’enflamme Andres Bosshard.
Un musicien heureux
Du haut de sa nacelle, de son «balcon», Andres Bosshard rayonne: «C’est la première fois que j’écoute ‘dehors’ les sons que j’entends dans ma tête. C’est exactement cela.»
Heureux, donc. Et il n’est manifestement pas le seul enthousiaste. On sait à quel point le public est en général réticent aux musiques déstructurées, informelles, au sens de ‘sans forme’: ni refrain, ni mélodie, ni rythme repérable. Et pourtant, ici, le miracle a lieu: on voit des gens de tous âges s’asseoir dans la tour, et écouter. Parfois un long moment, avec attention, concentration peut-être.
«J’ai toujours pensé qu’à ses sons ‘informels’, il manquait le corps, l’espace, commente Andres Bosshard. Avec ce son, ici, il ne s’agit pas seulement d’occuper un espace, mais de créer un espace. Ici, malgré le fait qu’il y a 32 haut-parleurs, on crée un son. C’est un son spatial, qu’on peut écouter comme de l’eau: quelque chose de très élémentaire, de très physique. C’est comme un élément naturel»
swissinfo/Bernard Léchot
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