L’Abbé Bovet, la chanson pour apostolat
Le 10 février 1951 disparaissait l'Abbé Bovet. Cinquante ans plus tard, et malgré les changements de mentalités, le canton de Fribourg lui rend un hommage enthousiaste et ému.
«Mon Pays», groupe de danse et de chant, a été fondé en 1951, dans les semaines qui ont suivi le décès de Joseph Bovet, le célèbre abbé musicien, figure phare de la culture fribourgeoise. Sa mission: «Maintenir le souvenir de l’homme d’une part, et cultiver l’oeuvre d’autre part», explique André Genoud, son président.
Dépôt de gerbes sur la tombe et auprès du monument voué à l’Abbé, messe au Collège Saint-Michel, réception officielle, puis visite à l’exposition présentée actuellement à la Bibliothèque cantonale et universitaire de Fribourg, concert à l’aula de l’Université, ce samedi 10 février 2001 est un jour chargé pour tous les «bovetophiles».
Que l’Abbé Bovet ait été un personnage important dans la première moitié du siècle dernier, personne n’en doute. Mais y a-t-il encore aujourd’hui un réel intérêt pour son oeuvre, tout de même plutôt datée? «On a lancé l’idée de ces commémorations en février 2000. Septante-deux choeurs se sont annoncés pour organiser 35 manifestations dans l’ensemble du canton. Là, j’ai vu à quel point cette personnalité était restée ancrée dans le coeur des Fribourgeois», constate André Genoud.
L’oeuvre chantée de l’Abbé Bovet se caractérise notamment par le culte de la nature idéalisée et le goût du «joli», un patriotisme exacerbé et une évidente religiosité. A l’heure d’Eminem, tout cela n’est-il pas d’un autre âge? «La musique n’a pas vieilli. En revanche, les paroles ont parfois vieilli. Il y a un langage de l’époque qui n’est plus le langage d’aujourd’hui», concède André Genoud, qui avance pourtant trois raisons au succès contemporain des chansons de l’Abbé.
«Premièrement, le chant de la nature, de la vie pastorale, correspond dans les mentalités actuelles à notre goût pour le retour au vert, à la pureté de l’air. Deuxièmement, les chants de Bovet, dans leur musicalité, s’adressent au coeur. Troisièmement, dans chaque chanson, il y a un message, parfois gai, parfois dur. Ce ne sont pas des chansons vides de sens. Si l’on écoute le ‘Vieux Chalet’, c’est un message très dur, qui appelle à la ténacité, au courage face à l’adversité de la vie et de la nature.»
«Mes chansons, je ne les ai pas écrites comme un simple compositeur, mais comme un prêtre aussi, et ce fut là mon ministère et mon apostolat», écrivit l’Abbé Bovet. Dans le canton de Fribourg en particulier, le «message» a été reçu cinq sur cinq.
Bernard Léchot
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