«L’Esquisse» chorégraphie Antigone à Meyrin puis à Neuchâtel
La compagnie de danse contemporaine française de Joëlle Bouvier «L'Esquisse» donne son spectacle «Fureurs», inspiré du mythe d'Antigone, mercredi au Forum de Meyrin et vendredi au Théâtre du Passage à Neuchâtel.
Antigone est le fruit d’un amour incestueux mais vrai. Elle est la fille d’Oedipe et de Jocaste et la sœur de Polynice, Etéocle et Ismène.
Rebelle, Antigone décide de passer outre les ordres du roi Créon et parvient à rendre les honneurs funéraires à son frère Polynice, tué devant Thèbes. Condamnée par son roi à être enterrée vivante, Antigone finit par se pendre. Mais, en compagnie du fils de Créon qui, entre-temps, est tombé amoureux d’elle.
Belle source d’inspiration que cette tragédie de Sophocle (442 avant notre ère), quand on sait qu’elle est l’une des expressions les plus hautes de la conscience individuelle en révolte contre les lois humaines.
Dans son spectacle «Fureurs», la chorégraphe française Joëlle Bouvier, 41 ans, a plus particulièrement travaillé sur «la trace que laisse en nous l’enfance. Sans le savoir, nous sommes emplis d’une histoire qui nous précède».
«Moi, j’aime beaucoup Antigone, parce qu’elle accepte de mourir pour un idéal», confie Joëlle Bouvier. «A notre époque, c’est important qu’on puisse parler d’un personnage aussi pur qu’Antigone».
«Notre héroïne se dresse seule contre la malédiction», poursuit la chorégraphe française. «Elle cherche la réponse à l’énigme qui anéantit sa famille. Elle est la brèche de lumière dans l’obscurité monstrueuse».
D’entrée de spectacle, le premier tableau dévoile Antigone attachée à une corde. A l’autre bout de l’instrument pend une brique. Et les deux frères font voler leur sœur Antigone. «Je voulais que la corde qui, à la fin, lui sert à se pendre, soit aussi l’instrument de sa liberté».
Trois danseurs et trois danseuses interprètent cette version du mythe de Sophocle. Tous de nationalités différentes. Dans la troupe, il y a tout de même un danseur français et, contexte oblige, une danseuse grecque.
Pour illustrer la lutte entre les deux frères d’Antigone, Joëlle Bouvier a fait appel à une musique de fanfares macédoniennes. «En ex-Yougoslavie, lorsque nous avons donné le spectacle, les gens de là-bas nous ont dit qu’ils avaient ressenti «Fureurs» comme si on l’avait expressément conçu pour eux, tant ils baignaient alors dans une guerre fratricide».
Joëlle Bouvier? C’est une vingtaine de chorégraphies à son actif. Son duo «Regard perdu» obtenait en 1980 le 1er Prix du Concours international de chorégraphie de Nyon. Et son trio «Terre battue» décrochait en 1981 le Prix du Ministère français de la culture au Concours international de ballet de Bagnolet.
Il y a du Pina Bausch, de la danse-théâtre dans sa création. Mais, pour une fois sans son complice Régis Obadia, Joëlle Bouvier livre sa version chorégraphique d’Antigone. Aux dires des critiques françaises: «poignante, intense, qui ne laisse pas souffler le spectateur».
Emmanuel Manzi
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