La Suisse au coeur du Théâtre Saint-Gervais
La saison 2006-2007 de la scène genevoise donne à voir les forces créatrices de ce pays. Derrière les choix effectués se profile le directeur Philippe Macasdar.
Auteurs et metteurs en scène romands offrent au public un espace de réflexion sur notre culture et sa perception, ici comme à l’étranger.
Parmi les scènes institutionnelles romandes, le Théâtre Saint-Gervais de Genève fait figure d’exception.
Non que les spectacles qui y sont présentés soient qualitativement supérieurs à ceux qui s’y jouent ailleurs; mais parce que l’engagement politique et social du directeur des lieux Philippe Macasdar a fait de ce théâtre un espace de réflexion privilégié sur l’état du monde.
On pourrait même dire, en forçant la comparaison, que Macasdar est un peu à l’image de quelques rares hommes politiques francs, fidèles à leurs croyances.
L’oeil du cyclone
C’est à dire que l’on retrouve d’année en année l’intérêt, ou plutôt la passion, que ce directeur têtu -dans le bon sens du terme- porte à l’Europe, à la Suisse au centre de l’Europe et à Genève coeur international de la Suisse.
C’est dans cet esprit qu’il avait programmé au fil des saisons précédentes des spectacles comme «En passant par la Suisse » et «Genève, je me souviens». Deux créations qui portaient sur l’immigration, sur le droit d’asile, sur la tradition d’accueil de notre pays, sur ses failles aussi.
C’est ce même théâtre de l’immigration et des migrations que Philippe Macasdar réinvente pour sa prochaine saison 2006-2007, avec deux projets centraux, l’un intitulé «Genève, l’oeil du cyclone», l’autre » «Et la Suisse? ».
Regards croisés
Le premier projet est confié à deux écrivains Julie Gilbert et Jérôme Richer. Les deux feront croiser des regards d’immigrés vivant dans les quartiers genevois des Pâquis et de la Jonction. Et ce, travers des spectacles interactifs, des lectures ou des débats.
«Tout est encore à l’étude, confie Philippe Macasdar. L’intérêt d’une scène c’est de savoir relativiser la notion de spectacle et de proposer des écritures en gestation qui demeurent connectées à la réalité».
La réalité, c’est aussi cette «Suisse» que Macasdar interroge dans son deuxième projet où foisonnent, également, lectures, représentations et débats, prévus pour les mois de décembre et janvier.
Le phénomème Hirshhorn
«Le théâtre doit se méfier de tourner seul, de se regarder le nombril avec uniquement des pièces du répertoire», dit encore le directeur de Saint-Gervais.
Et Philippe Macasdar de préciser : «le questionnment que je propose au fil de la prochaine saison ne porte seulement sur ce qui se passe à l’intérieur de ce pays, mais aussi sur les réactions que ce pays suscite à l’étranger. Pourquoi le phénomème Hirshhorn, par exemple?.
Rappelons qu’à l’occasion d’une exposition au Centre culturel suisse à Paris, l’artiste alémanique Thomas Hirshhorn avait provoqué, en 2003, une grosse polémique.
Beaucoup reste donc à construire et reconstruire, si l’on en croit Philippe Macasdar qui veut «mettre en rapport les forces de création suisses ».
La grippe aviaire
Outre donc les deux projets susmentionnés, on pourra découvrir pour la première fois en français «Opération Vega », une pièce de Friedrich Dürrenmatt qui raconte, sur le mode de la science fiction, la guerre froide entre l’Est et l’0uest.
Autre guerre que celle menée par le Vaudois Antoine Jaccoud qui écrit et met en scène «En attendant la grippe aviaire».
«Je me suis demandé, explique l’auteur de la pièce, comment une société hédoniste et libérale comme la nôtre pouvait se plier aux mesures catastrophistes imposées par nos gouvernements, en matière d’endémie».
Histoire de dire que la grippe aviaire, comme l’affaire Hirshhorn, est un phénomène largement théâtralisable dans la mesure où il exploite les peurs d’une société frileuse.
swissinfo, Ghania Adamo
Philippe Macasdar :
– Né à Aix-en-Provence en 1959.
– Met en scène, à Genève, une quinzaine de spectacles entre 1979 et 1985 (Arrabal, Peter Weiss, Michel Vinaver, Michel Deutsch etc…)
– Assistant à la mise en scène de Benno Besson et conseiller artistique à la Comédie de Genève, de 1985 et 1989.
– Accompagne Benno Besson notamment à Vienne, Helsinki, Paris et Zurich.
– Conseiller artistique à la Comédie de Genève auprès de Claude Stratz, de 1990 à 1995.
– Réalise deux films documentaires: Benno Besson, l’ami étranger (1992) et Berliner Ensemble, un théâtre au milieu des ruines (1993).
– Dirige, depuis 1995, le Théâtre Saint-Gervais à Genève.
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