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Le G8, objet d’enquête pour le théâtre

Une scène de «Gênes 01» de Fausto Paravidino, mise en scène Denis Maillefer. (© Aline Paley) swissinfo.ch

Sentiment d'injustice et colère dans «Gênes 01», une pièce du dramaturge italien Fausto Paravidino que Denis Maillefer présente à Lausanne avant Genève.

Une histoire imbibée de sang qui part sur les traces du G8 tenu à Gênes en 2001.

Quand «Gênes 01» démarre au Théâtre de l’Arsenic, à Lausanne, le 23 janvier dernier, le Forum social de Nairobi est en pleine effervescence.

Hasard du calendrier? Oui, mais heureux hasard qui voit se multiplier en ce moment sur les scènes romandes les réactions d’artistes, d’auteurs ou de penseurs, volontiers altermondialistes.

Pour preuve, le festival «Résistance-Existence», programmé à partir du 1er février au Théâtre de l’Usine à Genève, avec à son affiche des spectacles sur la violence et l’engagement politique.

Avec aussi un débat sur l’après-G8 d’Evian qui a marqué, en 2003, les esprits des Romands surtout. Au cœur de ce débat, donc, une question: quelles nouvelles formes d’engagement ont émergé de cette expérience?

Le souvenir de Gênes en 2001

Autre sommet, autre questionnement: le G8 de Gênes en juillet 2001 – plus dramatique celui-là. Il s’était soldé, on s’en souvient, par la mort d’un jeune homme, Carlo Giuliani, tué d’une balle tirée par un carabinier. La police italienne s’en était alors donnée à cœur joie en tabassant, de surcroît, 200 autres manifestants détenus à la Caserne de Bolzaneto.

Du décès de Carlo Giuliani et de la répression des manifestants, l’auteur italien Fausto Paravidino (30 ans) a fait une pièce de théâtre: «Gênes 01».

Non pas une pièce engagée pour crier son indignation. Mais une pièce en forme d’enquête où la parole libre (pas de personnages, juste des répliques à la ligne) résonne comme les pulsations d’une souffrance intime. La souffrance d’une mère qui a perdu son fils. La souffrance d’une ville aussi, et de ses habitants.

«Partons de Gênes, donc». C’est la consigne que le metteur en scène vaudois Denis Maillefer a donnée à ses comédiens lorsqu’il les a choisis pour monter «Gênes 01».

Au-delà des événements

«Fidèles à la démarche de l’auteur, nous avons tous mené notre enquête, raconte-t-il. A chaque comédien (ils sont huit), j’ai demandé de dire ce que représente Gênes pour lui. La somme des impressions recueillies est jouée sous forme d’improvisations. Les paroles des comédiens se mêlent ainsi au texte de l’auteur, qui nous a servi de matériau.

L’idée, c’est de donner finalement une résonance aux événements de Gênes, poursuit le metteur en scène. Ce qui m’intéresse, ce n’est pas tant le déroulement des faits. Pour cela, il suffit de consulter ‘Le Monde diplomatique’. Ce qui m’intéresse, donc, c’est de susciter chez le public une émotion qui va au-delà de la simple information.»

‘Gênes 01’ fonctionne comme un spectacle exemplaire, dans ce sens où il sert à sensibiliser la salle sur les méfaits d’une pseudo-démocratie.

«Cette répression meurtrière ne s’est pas passée dans une république bananière, mais dans un pays d’Europe, il y a à peine 6 ans», commente Denis Maillefer. Avant d’ajouter: «Je trouve cela très révoltant, mais pour autant je ne signe pas ici un pamphlet altermondialiste. J’essaie seulement de m’interroger sur les mensonges qu’on nous sert tous les jours à propos des libertés».

Inégalité sociale et colère sont également au cœur de «Nature morte dans un fossé», autre pièce de Fausto Paravidino «qui fait ici la satire d’une jeunesse sans repères éthiques ou politiques». Maillefer la présente en alternance avec «Gênes 01». Histoire «d’approcher les divers versants d’une même écriture». Et les divers visages de l’injustice.

swissinfo, Ghania Adamo

«Gênes 01» et «Nature morte dans un fossé» à voir à Lausanne, Théâtre de l’Arsenic, en alternance, jusqu’au 11 février, puis à Genève, Théâtre Saint-Gervais, du 27 février au 17 mars.

Le Théâtre en Flammes est dirigé par le metteur en scène Denis Maillefer depuis une vingtaine d’années. Fondée avec Massimo Furlan, la compagnie a créé son premier spectacle en 1987: ‘Fool for love’, de Sam Shepard.

Rejoint par d’autres collaborateurs artistiques, le Théâtre en Flammes explore ensuite divers répertoires, du classique au contemporain, en liant lisibilité narrative et épure esthétique.

Aujourd’hui, le Théâtre en Flammes poursuit son travail autour d’auteurs contemporains, en bousculant la frontière personne/personnage.

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