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Le King n'a jamais totalement conquis la Suisse

Elvis en 57, dans le film Jailhouse Rock, et en concert en 73.

(Keystone)

Alors qu'ils sont des dizaines de milliers réunis à Graceland pour les 30 ans de la mort d'Elvis Presley, les fans suisses lui rendent un hommage plus discret.

Car même si le roi du rock'n'roll a toujours eu de nombreux sujets dévoués en Suisse, l''Elvismania' n'a pas pris ici la même ampleur qu'ailleurs. Pour des raisons historiques et culturelles.

«Le 16 août est un jour triste, estime Jacqueline Raphael, présidente du fan club Elvis à Bâle. Ce n'est pas un jour pour faire une grande fête. On se retrouve simplement pour écouter de la musique d'Elvis et regarder des films, pour se souvenir de lui.»

Pour Jacqueline Raphael, il n'y a pas de fan type d'Elvis. «Certains ont plus de 70 ans, d'autres sont des enfants de 6 ans. Les derniers fans à avoir rejoint le club sont des adolescents. C'est une nouvelle génération.»

Une génération que les maisons de disques courtisent ardemment. Ainsi Sony BMG Suisse vient de sortir une nouvelle compilation, destinée à ceux qui viennent de découvrir la musique d'Elvis Presley.

«La demande augmente à chaque anniversaire, mais le reste du temps, elle est généralement constante», commente Gabriella Felder, de Sony BMG Suisse.

Reste qu'historiquement, cette demande a démarré lentement en Suisse, où elle n'a jamais atteint les même niveaux qu'en Allemagne par exemple.

La Suisse à la traîne

Aux Etats-Unis, Elvis a été numéro un des ventes dès janvier 1956, avec 'Heartbreak Hotel'. Mais Peter Stähli, spécialiste suisse du King, se souvient que le premier article que lui a consacré la presse alémanique date d'octobre 1956.

En fait, Elvis est vraiment arrivé en Suisse en 1957-1958, via les ondes radio, mais pas nécessairement les ondes helvétiques.

«A l'époque, les jeunes auditeurs suisses écoutaient AFN, la radio des forces armées américaines, ou Radio Luxembourg, qui passaient des disques d'Elvis, rappelle Peter Stähli. Dans les années 50, les années rock'n'roll, seule une minorité le connaissait et achetait ses disques.»

Du coup, le King a dû attendre 2002 pour être en tête des charts suisses, grâce à un remix de 'A Little Less Conversation', une chanson de 1968. Et encore, c'était grâce à une publicité de Nike.

Il est vrai qu'en Suisse, les classements officiels ne sont tenus que depuis 1968. Avant cela, Elvis avait quand même eu deux numéros un inofficiels: 'It's Now or Never' en octobre 1960, et 'Wooden Heart' en février 1961, tous deux adaptés de chansons traditionnels européennes, soit 'O Sole Mio' et 'Muss ich denn zum Städtele hinaus'.

Rien à côté des Beatles

Pour Peter Stähli, si les jeunes Suisses ne se sont pas rués sur les premiers disques d'Elvis, c'est simplement parce qu'ils ne pouvaient pas se les offrir.

«Avant le boom économique du début des années soixante, les jeunes n'avaient aucune indépendance financière, rappelle-t-il. Et il y a aussi le fait que dans les années cinquante, peu de gens d'ici parlaient ou comprenaient l'anglais. Cela a changé dans les écoles avec les années soixante, juste au moment où les Beatles sont arrivés».

Ainsi, la Suisse est-elle restée relativement indifférente à la déferlante Presley à ses débuts, contrairement à l'Allemagne, sa grande voisine.

«Bien sûr, il était venu en Allemagne pour faire son service militaire, entre 1958 et 1960, et le pays étaient encore plein de soldats anglais et américains, explique Peter Stähli. Les boîtes qu'ils fréquentaient passaient des disques d'Elvis et on peut dire que l'influence de ces soldats après la Seconde Guerre mondiale a été très forte sur la jeunesse allemande, un phénomène qui n'a pratiquement pas existé en Suisse».

«Elvis est vraiment devenu populaire ici au début des années soixante, poursuit le spécialiste, mais ce n'était rien en regard des Beatles. La révolution de la jeunesse en Suisse est venue avec eux. Elvis était arrivé trop tôt».

Jeunesse en révolte

Mais au fait, contre quoi les jeunes Suisses pouvaient-ils se révolter ? Le pays avait été épargné par la guerre et son économie était en plein décollage...

«L'atmosphère générale était très autoritaire, se souvient Peter Stähli. Ainsi, les musiciens suisses qui allaient en Angleterre dans les années 57-58 y trouvaient une ambiance nettement plus relax et tolérante. Les jeunes se révoltaient contre l'autorité et l'establishment».

Peter Stähli croit également qu'une certaine souplesse francophone a contribué à rendre Elvis plus populaire en Suisse romande. «Les Romands étaient ouverts à la nouveauté et l'atmosphère générale était plus tolérante chez eux qu'en Suisse alémanique», explique-t-il.

Mais même si le King n'a jamais réussi à conquérir totalement la Suisse, les maisons de disques continuent à voir le monde à travers ses légendaires lunettes d'aviateur à verres jaunes. «Elvis est éternel», affirme Gabriella Felder, de Sony BMG Suisse.

swissinfo, Thomas Stephens
(Traduction et adaptation de l'anglais: Marc-André Miserez)

SAGA ELVIS

Elvis Presley n'est jamais venu en Suisse. En fait, à part quelques concerts au Canada en 1957, il ne s'est jamais produit hors des Etats-Unis.

Selon le magazine Forbes, Elvis est aujourd'hui après le leader de Nirvana Kurt Cobain la deuxième célébrité disparue qui gagne le plus d'argent. Pour 2005 – 2006, ses gains sont estimés à 51 millions de francs suisses.

A ce jour, il a vendu plus d'un milliard de disques, et le chiffre ne cesse d'augmenter.

Depuis son ouverture au public en 1982, Graceland – la maison de Memphis qu'Elvis avait achetée pour 100'000 dollars en 1957 – est devenue une destination touristique qui attire quelque 600'000 personnes par année. En 2006, ce business a rapporté près de 27 millions de dollars.

En 2004, l'imprésario Robert Sillerman a acquis pour 100 millions de dollars 85% des droits sur le nom d'Elvis Presley et sur le mangement de Graceland. Lisa Marie, la fille du King, possède les 15% restants.

Elvis est mort à 42 ans d'une crise cardiaque, après de nombreuses alertes dues à des surdoses de médicaments. L'ancien sex-symbol pesait alors près de 150 kilos et absorbait chaque jour quelque 100'000 calories, soit plus que ce que mange un éléphant et assez pour nourrir un homme moyen pendant un mois.

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Elvis Live!

Dans le cadre du Festival Rock oz'Arènes d'Avenches, le chanteur fribourgeois Chris Aaron, né en 1959, interprète jeudi soir les chansons d'Elvis Presley. Il est accompagné par les «Memphis Knights», un groupe de jeunes musiciens romands.

Par ailleurs, le 4 octobre à l'Arena de Genève, le spectacle «Elvis 2007 – The original Cast» réunira les musiciens originaux d'Elvis: The TCB Band, The Sweet Inspirations, The Imperials, Joe Guercio & Orchestra. Avec Terry Mike Jeffrey dans la peau du King.

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