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«Le Relais», point de départ pour un long voyage

Patrick Mohr, une vie entre voyage et théâtre. (Photo SP)

A Genève, l'acteur Patrick Mohr reprend en solo un spectacle qu'il a créé en 2005 et qui, depuis, a fait le tour du monde.

Récit d’un périple qui enjambe les déserts, brave les cieux et brasse histoire personnelle et légendes.

Au bord de l’Arve, à Genève, il existe une scène off dite ‘La Parfumerie’. C’est une petite salle aux murs décatis et au charme suranné, où Patrick Mohr a installé depuis quelques années son Théâtre Spirale. Là, le comédien genevois (44 ans) monte et joue des spectacles où s’engouffrent des vents d’outre-mer et des échos de légendes millénaires.

Chez ce nomade irréductible, l’Asie et ses contes épiques, l’Afrique et ses mythologies colorées ne sont jamais loin. Ses créations sont toujours ouvertes au monde. Quand elles ne tournent pas sur les cinq continents, elles emmènent le public romand dans l’univers éthéré des lucioles.

«Vous êtes Mossi ?»

C’était le cas l’autre soir à La Parfumerie où Patrick Mohr joue pour la énième fois «Le Relais». En guise de ciel, une croisée d’ogives retenue par une clé de voûte. Un décor cosmique pour une pièce qui ne l’est pas moins. Car ce «Relais» est à l’image de son créateur, il jette des ponts entre les hommes et leurs civilisations.

Tout commence donc en Suisse, un soir dans un relais d’autoroute, près d’Yverdon. Patrick Mohr s’y arrête pour boire un verre. «Au moment de payer, raconte-t-il sur scène, mon regard tombe sur un badge accroché à la veste du serveur: Désiré Ouedrago. Je lui demande alors: vous êtes Mossi ?» Le serveur s’étonne: «Comment le savez-vous ?»

De cette interrogation part le récit de Patrick Mohr. Un récit copieusement théâtralisé qui dure 90 minutes et brasse histoire personnelle et collective. Désiré Ouedrago a quitté son Afrique natale à bord d’un avion, caché dans une soute. Il arrive en Suisse où il espère retrouver Awa, la femme qu’il aime.

Mais avant de le faire atterrir chez les Helvètes, Patrick Mohr aura, en compagnie de son héros, enjambé les déserts, parcouru les forêts, bravé les cieux et croisé mille lucioles.

Attention: rien de pathétique dans cette histoire qui frise la légende et échappe au manifeste façon organisation humanitaire. Pour une fois, la Suisse a ici le rôle d’un «relais» de l’humour.

Qualité d’écoute

Ce «Relais», Patrick Mohr l’a joué des dizaines de fois sur le Continent noir: au Mali, au Burkina-Faso, sur les places de village, dans les écoles, chez les Touaregs, chez les Peuls. Il le reprendra en 2008, toujours en Afrique.

Là-bas, le Suisse se fait griot. «Les enfants sont ravis, nous confie-t-il. Il y a en Afrique une qualité d’écoute, chez les grands comme chez les petits, qui n’existe plus chez nous qui sommes saturés par l’information».

Parfois le spectacle durait 5 heures. «J’avais un traducteur, raconte le comédien. J’étais toujours étonné par l’aisance avec laquelle il répercutait mon récit et me replaçait ainsi devant l’importance de la parole. Il faut dire que le contact est tellement plus simple avec les Africains. Pour pouvoir jouer, par exemple, il me suffisait de refiler 10 noix de Cola au chef du village et l’affaire était réglée».

Au «Relais» africain sont venues s’ajouter d’autres haltes: cubaine, polonaise, libanaise… La réalité de chaque pays donnait au spectacle un relief à chaque fois différent. A Beyrouth, où il a joué en février dernier, les gens ont dit à Patrick Mohr: «Votre spectacle pointe le respect entre les civilisations, il nous fait sortir du cycle de la violence».

Autre résonance à Cuba où la révolution burkinabaise de 1984, racontée sur scène, a été perçue comme une comédie fantasque. «Le public cubain se marrait parce qu’il porte sur la révolution un regard très désillusionné», précise l’acteur.

Avant d’ajouter: «Un soir, je ne sais plus dans quel pays, un vieil homme est venu me dire à la fin de la représentation: ‘Votre théâtre nous a rappelé que nous sommes vivants’».

swissinfo, Ghania Adamo

«Le Relais», à voir à Genève, Théâtre de la Parfumerie, jusqu’au 31 mars.
Le spectacle sera repris en 2008 à l’occasion d’une autre tournée africaine.

Né le 18 septembre 1962 à Genève.

Formation: Ecole Jacques Lecoq à Paris. Diplôme en 1986.

Patrick Mohr a voyagé notamment en Papouasie-Nouvelle-Guinée, en Australie, au Japon, en Afrique.

Il a co-fondé La Parfumerie et le Théâtre Spirale, compagnie avec laquelle il a créé plus d’une vingtaine de spectacles.

Il a également été l’assistant metteur en scène de François Rochaix pour la Fête des vignerons de Vevey en 1999.

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