Les «street dancers» de Mastazz à la conquête du monde
L'association Mastazz réunit trois garçons et quatre filles de 16 à 18 ans liés par la même passion pour le hip-hop, cette danse qui déménage. Champions suisses, ces ados fribourgeois participeront pour la 3e fois aux Championnats du monde aux Etats-Unis.
«Le hip-hop, je suis tombé dedans grâce aux amis. C’est un monde ouvert à tous qui permet à chacun d’apporter sa touche. Ça nous permet de nous dépenser, de nous dépasser, d’aller toujours plus loin, bref, c’est beaucoup, beaucoup de plaisir.» Dario a commencé à danser en 2002, «un peu par hasard», comme le reste de la troupe.
«Je danse depuis mes 4 ans et j’ai fait plein de choses: classique, moderne orientale, puis le hip-hop m’a tout de suite plu, surtout la musique et le mouvement. Et la liberté: il existe des pas de base bien précis, mais on peut jouer librement avec les rythmes et faire des nuances», explique Lorena.
Mastazz, c’est encore Anaïs, Sam, Cindy, Adrien et Aurélia. Ces collégiens fribourgeois ont découvert le hip-hop lorsque l’école de danse qu’ils fréquentaient a créé un groupe en 2000. «On a tout de suite participé au championnat suisse et on a commencé à gagner comme ‘kids’, puis dans la catégorie ‘ados’ en 2007 et 2008, raconte Anaïs. C’est très motivant parce que, bien sûr, quand on commence à gagner, on veut défendre sa place!»
Comme c’est un art en constante évolution, il est indispensable de se mettre à jour, précise Adrien: «ça bouge tout le temps, on doit se maintenir à niveau si on ne veut pas prendre du retard sur les autres dans le monde».
Le rêve américain
Et Mastazz défend si bien son rang que, multiple champion suisse, il s’apprête à participer pour la troisième fois aux Championnats du monde de hip-hop, fin juillet à Las Vegas (Nevada).
«La première fois, c’était très impressionnant de voir tous ces danseurs, entre 1000 et 1500, raconte Cindy. Tout le monde parle avec tout le monde, peu importe qu’on soit concurrents et qu’on ne parle pas la même langue.»
Pour Dario, c’est à chaque fois plus sérieux. «Cette année, on a un peu plus de pression parce qu’on veut vraiment profiter des deux dernières expériences et faire quelque chose de très bien, en tout cas le mieux possible.»
Après la compétition proprement dite, le groupe participera comme toujours à des stages avec de grands danseurs, une occasion unique d’apprendre encore et encore. «C’est un atout de plus pour nous dans la compétition en Suisse, parce que les autres n’ont pas la même chance», souligne Anaïs.
«On a tous de très bons souvenirs des Etats-Unis, ajoute Adrien. Grace à Facebook, on reste en contact, on échange des photos. La fraternité entre danseurs ne se perd pas et on est contents de se retrouver.»
En général, le groupe part avec un ou deux adultes. Cette année, ce sera encore Olivier Kauer, père d’Anaïs. «L’ambiance est magnifique là-bas. Franchement, ça m’a donné envie de danser, c’est une cure de jouvence. A l’encontre de nos a priori d’adulte, tout le monde est cool et la concurrence est positive.»
Un moyen d’expression
Outre la compétition, Mastazz voit grand. Ils ont quitté leur ancienne école de danse et constitué une association en novembre, ainsi qu’une école de danse qui compte déjà 46 élèves. Cette sage organisation n’est-elle pas une sorte de récupération de la culture des ghettos noirs américains?
Pas du tout, répond Anaïs: «Si la ‘street dance’ a mauvaise réputation, c’est surtout chez les plus âgés, qui disent que c’est des gangsters de Brooklin. Nous, on n’a pas du tout le même mode de vie, on habite dans des villas et on est des collégiens. Pour nous, c’est surtout un sport et une façon de partager nos rêves!»
«C’est vrai que le hip-hop, c’est plus brutal et plus cru que le ballet. Mais qu’on soit garçon ou fille, on peut danser ensemble sans distinction, car c’est d’abord un moyen d’expression», explique Adrien.
Sam, lui, est surtout attaché à l’amitié. «On a du plaisir d’être ensemble et c’est parce qu’on est potes que j’ai envie de continuer. Je ne me vois pas arrêter, je ne sais pas si on peut en vivre mais je ne dirais pas non…»
Des professionnels
En temps normal, Mastazz s’entraîne trois fois par semaine. Mais avec les Mondiaux qui approchent, c’est tous les jours.
Et puis il y a des spectacles, et aussi l’école, avec déjà trois classes. A la prochaine rentrée, deux nouveaux cours sont prévus, pour adultes et pour enfants. «Le fait de gagner des prix nous fait de la pub. Ça nous donne beaucoup de plaisir de former des jeunes et c’est valorisant de se dire qu’on a fait tout ça nous même», s’enthousiasme Anaïs.
Une fois payés le loyer et le salaire des enseignants (25 francs de l’heure…) Mastazz Dance & Co dispose d’un budget de 3000 francs pour le voyage au Nevada. Les parents paient pour leur part une contribution de 1000 francs par jeune.
«Comme notre participation aux Mondiaux nous permet aussi de nous former grâce aux stages, c’est tout bénéfice pour nous», se réjouit Lorena.
Isabelle Eichenberger, swissinfo.ch
Entre 1000 et 1500 des meilleurs «street dancers» du monde venant de 30 pays se réuniront à Las Vegas (Nevada) du 29 juillet au 2 août.
Outre les Mondiaux, ces cinq jours offrent aussi des groupes de discussion et des ateliers avec des «légendes vivantes» du hip-hop.
Ghettos. Le hip-hop est un mouvement revendicatif et culturel apparu dans les ghettos noirs de New York au début des années 1970.
Succès. Depuis 1997,Vertigo Diffusion organise les championnats suisses qui rencontrent un succès croissant auprès des passionnés de «streetdance».
Sélectionnés. Ils étaient dans les 500 à participer à l’édition de novembre 2008 et les gagnants ont été sélectionnés pour participer aux championnats du monde à Las Vegas, du 30 juillet au 2 août 2009, dans les catégories «enfants», «ados» et «adultes».
Créé en 2000, le groupe «Team Spirit», plusieurs fois champion suisse de hip-hop s’est transformé en association à but non lucratif, Mastazz Dance & Co, en novembre 2008
Il a été le 1er groupe suisse de sa catégorie à participer aux championnats du monde à Los Angeles en 2007 et Las Vegas en 2008.
Ecole. En janvier 2009, il a loué des locaux et ouvert une école de danse qui compte déjà 46 élèves (les cours coûtent 200 fr. par semestre et les professeurs gagnent 25 fr. de l’heure).
Pour la Suisse. Du 30 juillet au 2 août 2007, il représentera à nouveau la Suisse aux Mondiaux à Las Vegas.
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