Machine de paix contre machine de guerre
A Genève, le metteur en scène romand Denis Maillefer crée «La jeune fille, le diable et le moulin».
Au service de ce conte d’Olivier Py, il met tout son talent et propose le rêve comme antidote à la violence.
Très sensible aux élans mystiques, Olivier Py (38 ans), un des plus talentueux auteurs français d’aujourd’hui, nous confiait récemment qu’en tant qu’écrivain il se sentait «investi d’une mission».
Formule à travers laquelle il laissait poindre sa conviction que le théâtre peut apaiser le monde, voire le sauver.
A la suite d’Olivier Py, Denis Maillefer, metteur en scène romand, l’un des plus inspirés du moment (il a réglé en janvier dernier, à Genève, une judicieuse «Descente d’Orphée»), fait lui aussi le pari que le théâtre est la source de toutes les consolations.
Bruits de bombes et de bottes
Il en donne la preuve dans «La jeune fille, le diable et le moulin». Une pièce tout public dudit Py, elle-même adaptée des contes de Grimm, que Maillefer a conçue comme un antidote à la violence. Celle-là même qui aveugle actuellement le monde, et dont le metteur en scène suit le mouvement avec un humour aigre-doux.
Pour ce faire, il s’est appuyé sur son fidèle état-major: Antoine Jaccoud à la dramaturgie et Massimo Furlan à la scénographie. Tirs d’obus, bruits de bombes qui explosent et de bottes qui avancent sur… la scène du Théâtre Am Stram Gram.
Si les trois artistes lancent ainsi leurs troupes, c’est pour mieux montrer la fragilité du monumental. Rien n’est grave, en effet, tant que le char d’assaut surgi sur le plateau est en carton-pâte et que l’officier qui y est adossé un prince d’opérette.
Ce prince-là (Mauro Bellucci, charmant de tendresse) combat pour une guerre qui n’a ni lieu ni nom. Sa princesse (Anne-Shlomit Deonna, tout aussi charmante), laissée à la maison, vient de mettre au monde un garçon.
Le diable (Patricia Bopp, démoniaque comme il faut), source de tous les conflits, s’en est mêlé pour faire croire au père que son fils est un monstre. S’ensuit une série de quiproquos, vite démêlés, qui transforment le conte noir en conte de fées, et la machine de guerre en machine de paix.
Comme un rêve
Si la grande sympathie d’Olivier Py envers le couple princier séduit ici le public de jeunes et d’adultes, c’est surtout parce que l’amour de l’auteur pour les hommes et les causes justes passe par l’amour de l’univers théâtral.
Un univers enchanteur que Denis Maillefer met en place avec des toiles peintes projetées sur un grand écran. Bel hommage aux décors d’autrefois. Avec aussi des maisons de poupées, un petit moulin, un coin de château, un jardin… Autant d’espaces mirifiques qui illuminent la scène comme dans un rêve.
swissinfo, Ghania Adamo
«La jeune fille, le diable et le moulin». Genève, Théâtre Am Stram Gram. Jusqu’au 13 avril. Tel: 022/735 79 24
En conformité avec les normes du JTI
Plus: SWI swissinfo.ch certifiée par la Journalism Trust Initiative
Vous pouvez trouver un aperçu des conversations en cours avec nos journalistes ici. Rejoignez-nous !
Si vous souhaitez entamer une conversation sur un sujet abordé dans cet article ou si vous voulez signaler des erreurs factuelles, envoyez-nous un courriel à french@swissinfo.ch.