Michel Cassagne conteur de Pirandello
L'acteur romand interprète au Théâtre de Vidy-Lausanne «Trois nouvelles» de l'écrivain sicilien. Un délire fou.
Luigi Pirandello a longtemps vécu auprès d’une épouse folle. Se sentant probablement menacé par la proximité de la démence, l’écrivain sicilien trouve moyen d’exorciser celle-ci en la plaçant au cœur de son oeuvre qui porte en germe une certaine forme de délire.
Celui que l’on a surnommé «le sorcier de l’art dramatique» n’était pas seulement un auteur de théâtre capable de déchiffrer cette immense folie qu’est la comédie de la vie. Il fut aussi un fin nouvelliste, décrivant avec une exactitude psychanalytique étonnante la pluralité de l’âme humaine.
Jouir en rêvant
Cette pluralité qui exprime bon nombre de nos comportements, l’acteur et metteur en scène romand Michel Cassagne l’éclaire dans «Trois nouvelles de Pirandello». Un spectacle qu’il présente au Théâtre de Vidy-Lausanne, accompagné, au violoncelle, de Bénédict Gampert.
Sur scène, des meubles disposés en monticule ressemblent à des objets fantômes relégués dans une remise, comme à la veille d’un voyage. Celui qu’entreprend Cassagne dans la première nouvelle est une déambulation dans la mémoire d’un homme qui s’estime sain d’esprit mais veut revenir au temps où il était fou.
Dans la deuxième nouvelle, Pirandello pose «le piège» de la vie et de la mort, et se demande comment se débarrasser de l’une et éviter l’autre. Dans la troisième, une femme pudibonde trompe en rêve son mari. Sa jouissance est d’autant plus appréciée qu’elle prend la saveur d’une réalité jusqu’ici inconnue d’elle.
Avec sa petite moustache et ses yeux brillants, Michel Cassagne rappelle Pirandello. L’acteur aurait été encore plus proche de l’écrivain s’il laissait éclater la folie avec la rage d’un désespéré.
Il y réussit par moments. Comme dans cette scène où il installe une atmosphère angoissante en transformant une cage d’oiseau en buste d’homme invalide auquel la liberté d’envol est retirée.
swissinfo/Ghania Adamo
«Trois nouvelles de Pirandello». A Lausanne, Théâtre de Vidy; jusqu’au 2 juin. Tél: 021 619 45 45
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