Natal ou la renaissance de Fabienne Berger à la danse
La chorégraphe romande Fabienne Berger a reçu carte blanche à l'Opéra de Lausanne pour monter un nouveau spectacle de danse: «Natal». Un titre qui oscille entre l'espoir et le désespoir de vivre. Un titre au travers duquel l'être cherche son équilibre.
Douze ans après la création des «Figurants» en 1988, Fabienne Berger se retrouve en ce même lieu de l’Opéra de Lausanne (anciennement Théâtre municipal de Lausanne), pour redonner des ailes à son désir de vivre et donc de danser.
Sobre et magnifique, «Natal» est le fruit d’une réflexion («comment ressortir grandie des expériences les plus douloureuses», nous confie Fabienne Berger) autour de laquelle se sont greffées une foule de nouveautés.
Plantons le décor. Deux dimensions cinématographiques balayent la scène. La première est peuplée d’images préenregistrées «qui symbolisent ce que l’on a subi dans sa vie», explique Fabienne Berger.
La seconde est alimentée par «les prises de vue qu’une danseuse filme, en direct, sur scène, au moyen d’une micro caméra, poursuit la chorégraphe lausannoise, et qui représentent nos capacités de pouvoir agir sur tel ou tel contexte de notre vie».
Et comme si ces deux dimensions cinématographiques n’étaient pas assez complexes à gérer, Fabienne Berger a poussé l’interactivité jusqu’à faire danser ses quatre danseuses et deux danseurs sur les tempos d’un trio musical, lui aussi, en direct dans le spectacle: Velma.
Casse-gueule? «Quand on sait pourquoi on fait les choses et quand on donne du sens à la technicité, répond la chorégraphe romande, ce n’est finalement pas si difficile de s’aventurer de la sorte sur scène».
«D’autant que l’interactivité technique n’est pas simultanée, précise la créatrice. Au contraire, sur le plan chorégraphique, mes six interprètes ont la possibilité d’agir sur les images préenregistrées. C’est ainsi que le spectateur peut suivre le développement d’un phénomène sur scène».
Cela n’est pas sans nous rappeler la démarche musicale d’un certain Peter Gabriel dans ce domaine. Qui a toujours voulu que l’interactivité technique la plus poussée serve d’abord l’émotion et le message dans un spectacle.
D’autant quand l’on sait que le groupe Velma excelle dans les rythmes répétitifs et les ambiances hypnotiques, genre cabaret berlinois branché sur l’onde des anges.
«Tout est dans le regard que l’on porte sur l’autre; souvent il suffit de peu pour changer le cours d’une vie», aime à souligner la chorégraphe Fabienne Berger. Qui, pour l’occasion, a rangé ses chaussons au placard. Tant la mise en scène lui prend la tête, reconnaît-elle tout de même.
Pour la petite histoire, Fabienne Berger est née à Lausanne, d’un père suisse et d’une mère hongroise. Elle a étudié la danse en Australie et aux Etats-Unis. Elle a créé sous son nom sa compagnie en 1983. Et a donné, deux ans plus tard, son premier spectacle «Instemps passe» à Fribourg et Genève.
En 1994, après avoir conçu et dansé plusieurs chorégraphies, Fabienne Berger reçoit le Prix romand des spectacles indépendants pour sa création «Homme à terre».
Qu’il est long le chemin parcouru par ce joli petit bout de femme dans la danse contemporaine. Qui, à chaque fois, surprend son monde et propose une réflexion profonde sur la vie. Elle qui souhaite «quitter cette planète avec un petit peu moins de poids à porter et un petit peu plus de liberté dans l’espace».
Emmanuel Manzi
Compagnie Fabienne Berger: Opéra de Lausanne, jeudi 18 janvier; à l’Espace Moncor à Fribourg, du 25 au 27 janvier, puis au Moyen-Orient, à Amman et à Beyrouth. Sans parler de sa possible participation à Expo.02.
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