«Opus 27», reconstitution ludique de trois langages
Danse, théâtre et musique se mêlent dans la dernière création de la chorégraphe Noemi Lapzeson, présentée à La Comédie de Genève.
Comme son titre l’indique, «Opus 27», créé à La Comédie de Genève, est la 27e pièce de Noemi Lapzeson. Cette chorégraphe argentine établie en Suisse mêle ici danse, théâtre et musique et jette un pont entre ces trois disciplines.
Sa démarche n’est pas inédite. Elle séduit néanmoins parce qu’elle apparaît comme la reconstitution ludique de trois langages – corporel, sonore et verbal – qui, sur scène, naissent, se heurtent, puis se confondent.
Mais elle agace aussi parce qu’elle fonctionne parfois de manière trop organique, s’acharnant à décortiquer les codes d’expression des trois langages.
Une danse d’insensés
Ainsi, corps, paroles et musique – signée Yves Meylan – se vident par moments de leur sensualité, pour devenir les simples supports d’un rituel auquel sont soumis les usagers.
Ceux-ci sont incarnés par sept danseurs (Armand Deladoëy, Estelle Héritier, Mio, Romina Pedroli, Marcella San Pedro, Markus Siegenthaler et Franz Weger) et deux acteurs (Barbara Baker et Georges Grbic) qui tout au long du spectacle chercheront à se libérer du poids des mots et des gestes qui mécanisent jusqu’à plus soif leurs vies.
La première séquence qui accueille les spectateurs (installés face à face autour de deux grandes estrades où évoluent les interprètes) est révélatrice à cet égard.
Couchés à plat ventre, cinq danseurs sont comme aplatis par cinq grosses pierres posées sur leur dos. Celles-ci se soulèveront tantôt, mais pour rester accrochées aux cintres, menaçantes tel un destin contre lequel on n’y peut rien.
«La pierre et son poids sur ma bouche/Ont roulé sur le bord du monde/ Je/ Parle/ Mais sans savoir/ De quoi», dira vers la fin une actrice. Les mots qu’elle énonce sont ceux qu’a écrits pour «Opus 27» la dramaturge romande Sylviane Dupuis. Noemi Lapzeson lui a passé commande d’un texte (très beau) sur lequel s’achève la pièce.
Des mots indéchiffrables
Ce texte aura été annoncé par une séquence sonore où deux hommes, enfermés dans un castelet de marionnettes, ânonnent des mots indéchiffrables sur une musique qui redit plusieurs fois sa cadence, avant de s’éteindre en soupirs. Et de lancer cette prédiction de Sylviane Dupuis qui résume à sa manière le spectacle: «Le monde est un ramassis/De fous/Une danse d’insensés/Quelquefois traversés/Par la grâce».
swissinfo/Ghania Adamo
«Opus 27». Comédie de Genève, jusqu’au 2 juin. Tel: 022/320 50 01
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