Paléo fête les 20 ans de deux clubs rock suisses
Le Genevois PTR (Usine) et le Fribourgeois Fri-Son proposent du rock pointu au Paléo festival de Nyon. Deux soirées pour ouvrir les oreilles du grand public.
Paléo a voulu rendre hommage au travail de défrichage et de soutien du rock romand qu’effectuent ces deux clubs.
«Nous avons décidé de leur rendre hommage lors de deux soirées anniversaire, car ils occupent une place essentielle dans la scène rock de Suisse romande», a déclaré à swissinfo Sébastien Vuignier.
C’est l’occasion, poursuit le programmateur de l’agence Opus One, une des plus grosses de Suisse, d’attirer l’attention du public de Paléo. Très large, il ne se déplace pas forcément dans ces clubs ou ne les connaît carrément pas.
«Et pourtant, on s’est rendu compte qu’en organisant des concerts dans un format club, avec des groupes peu connus, ça fait un carton. Le Club Tent, une des cinq scènes du Festival, était à chaque fois plein. Et on espère que cet automne ce public ira voir des concerts à L’Usine dans la salle PTR ou à Fri-Son.»
Il confie lui-même avoir découvert quelques petites merveilles sur ces scènes alternatives. Et ces deux soirées sont aussi une manière de montrer l’amitié qu’il y a entre Opus One et Fri-Son ou PTR, remarque Julia Crottet de Fri-Son.
C’est que sur cette toute petite scène rock romande, on a compris qu’il valait mieux se soutenir, faisant fi, autant que possible, des querelles de clocher.
Pour les groupes internationaux, la programmation s’est d’ailleurs faite en concertation entre Paléo et les deux clubs. Et ils avaient toute liberté pour les groupes locaux. PTR a choisi deux Genevois, Bluedaze et Brazen (mardi 22), alors que Fri-Son propose un groupe lausannois, d’origine jurassienne, Magicrays (mercredi 23).
«Ca nous fait tellement plaisir de pouvoir montrer au grand jour qu’on est là depuis vingt ans, alors qu’on travaille habituellement dans l’ombre», ironise David Schindler, programmateur de PTR.
Un rôle essentiel
En deux mots, autant PTR (post Tenebras Rock)- qui possède une salle à l’Usine depuis 1989- que Fri-Son, son équivalent à Fribourg, jouent depuis 20 ans un rôle primordial sur la scène rock avant-gardiste.
Mais sans limites strictes, puisqu’ils programment aussi d’autres types de musiques, hip hop, ragga, électro ou même chanson française.
Depuis toujours, ils défrichent le terrain et proposent des découvertes au public romand. A l’actif de PTR, par exemple, The Verve ou Nirvana. Ces derniers s’étaient produits à leur tout débuts devant 50 spectateurs !
Et on s’en doute, ils sont aussi les mieux placés pour chasser les groupes locaux et favoriser leur émergence. En leur donnant la possibilité de jouer dans leurs clubs, en première partie d’hôtes prestigieux, d’une part. Mais également en les produisant.
C’est ce que fait PTR. L’association s’est concentrée sur le rock, précise David Schindler. «D’ailleurs nous avons produit le premier album de Brazen qui joue mardi».
Quant à Bluedaze, il fait partie du «Single Club», un concept que PTR a entamé avec succès il y a plusieurs années. A savoir, la production d’un CD 5 titres d’un jeune groupe prometteur. PTR en assure ensuite la promotion et le suivi du groupe, par le biais de conseils.
Une scène vivace mais boudée
Tous s’accordent à dire que la scène romande est extrêmement vivace, surtout en électronique comme le faisait remarquer Sébastien Vuignier. «Une scène riche, très respectée à l’étranger, dont on peut être fiers».
Mais, et c’est bien là le paradoxe, les musiciens suisses, qu’ils gravitent dans le rock ou l’électro, marchent souvent mieux à l’étranger que sur les scènes locales, où ils sont souvent dénigrés ou du moins peu connus.
Alors que les Young Gods, Polar, Nostromo ou Jérémie Kisling (à Paléo le 24) sont bien connus à l’étranger où ils sont retenus par de grands festivals européens. Polar travaille même aux Etats-Unis.
Confirmant que souvent le public ne vient que pour la star étrangère et saute donc la première partie assurée par un groupe local, David Schindler va plus loin: «Ca se ressent aussi dans la vente de disques. Nous ne sommes vraiment pas prophètes en notre pays. Contrairement à plein de groupes français ou belges qui ont fait une carrière chez eux d’abord avant d’exploser hors de leurs frontières.»
Il explique ce phénomène par le «complexe suisse», qui se traduit ainsi : «on préfère regarder au loin plutôt que de voir ce qui se passe sous notre nez. Et les Suisses ne sont pas vraiment des découvreurs».
Mais également sur le banc des accusés, le manque de professionnalisme dans l’industrie musicale en Suisse romande surtout, un coin de pays finalement minuscule. Comme le peu d’efforts que font les radios pour opérer un vrai travail de dépistage.
Et en fin de compte, les tenants de la scène électronique, qui utilisent des circuits en dehors des structures de promotion habituelles que sont les radios, sont les seuls à s’en sortir plutôt bien.
Mais pour les groupes qui se produisent en live, c’est extrêmement difficile d’avoir une visibilité suffisante. Pour des raisons de coûts aussi.
Un pari gagnant
Heureusement, le pari lancé par Paléo d’inviter des groupes en dehors des sentiers battus semble concluant. Le Club Tent était déjà plein à craquer mardi à 17h30 pour le premier groupe, Bluedaze.
Le public a bravé la chaleur caniculaire régnant sous la tente pour se délecter de la voix délicieusement androgyne de son chanteur. Du pur rock entre Sonic Youth et PJ Harvey.
Alors pourquoi s’arrêter sur le chemin de découvertes si prometteuses?… La scène FMR, scène off du Festival située dans le camping, prolonge cette démarche et ne propose que des groupes de la région.
En fin de compte, conclut Sébastien Vuignier, plus d’une vingtaine d’artistes suisses jouent à Paléo cette année. Ce qui fait du plus gros des festivals romands le principal promoteur de groupes et de musiciens locaux.
swissinfo, Anne Rubin, Nyon
– PTR (Post Tenebras Rock) n’a de salle que depuis 1989, à l’Usine à Genève.
– Depuis fin 1998, la nouvelle salle de PTR peut accueillir 800 spectateurs.
– PTR organise environ 70 concerts par an que fréquentent entre 25’000 et 30’000 spectateurs.
– L’association est subventionnée à hauteur de 250’000 par an (pour les 4 prochaines années) par la ville de Genève.
– Fri-Son a toujours eu une salle. Mais ils ont changé de lieu trois fois.
– Leur salle actuelle, en pleins travaux, va pouvoir accueillir 1’300 spectateurs, contre plus de 1’000 actuellement.
– Entre 50 et 60 concerts y ont lieu chaque année.
– L’association est subventionnée par la Loterie romande et Coriolis Promotions (les communes du grand Fribourg) à hauteur de 255’000 francs.
– Et la coopérative Fonderie 13 (l’adresse du club), a pour but de mettre à disposition de Fri-Son les bâtiments.
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