Pauvres Suisses!
«Cartes postales» de créateurs suisses expatriés... Rolf Kesselring, écrivain, ancien éditeur, nous adresse son courrier de la région de Nîmes.
Je viens de lire que la valeur le franc grimpe. C’est le dernier de la famille et il se porte comme un charme. Il existe, à propos de notre pays, des clichés qui m’amusent. D’autres, par contre, me hérissent le poil à chaque fois que quelqu’un me le sert avec un sourire en biais.
Tous Helvètes, tous banquiers!
«Vous les Suisses, vous êtes plein de fric! Combien de fois ai-je entendu cette antienne? «Vous les Suisses…» À croire que la seule fascination que l’on puisse engendrer soit celle des banques avec, quelquefois, celle de notre ordre et de notre propreté emmaillotés de montres en chocolat…
«Vous les Suisses, êtes riches!», me redit-on souvent, ces jours derniers. Cela m’énerve! Déjà que, dans liste des pays les plus riches du monde, nous sommes largement dépassés par quelques émirats exotiques, il nous faut, en plus, subir ces allusions à notre porte-monnaie grassouillet.
Des Ténardier helvétiques
Pourtant, depuis le temps, je connais bien des Suisses sans ressources qui n’ont que les yeux pour pleurer et la peau sur les os. La misère peut, aussi, être suisse!
Bien sûr, je sais que notre peuple, dans sa grande majorité, ignore le besoin. Évidemment que je sais que le niveau de vie moyen, au pays, est assez élevé pour nous permettre de devenir légèrement condescendant face aux étranges étrangers que nous frôlons quelquefois. Bien sûr…
Mais je sais, aussi, que tout n’est pas parfait, qu’il existe des Suisses pauvres: et même très pauvres. Des Ténardier helvétiques peuvent, dans certains cas, posséder ce magnifique passeport rouge à croix blanche.
Bernard de Zürich
J’en connais! Un, au moins! Il s’appelle Bernard. Il est natif de Zürich et vit dans un village à quelques lieues de garrigue de chez moi. Il a plus de septante ans, il est maigre comme un coucou et plus pauvre que Job. Il vit dans une maison qu’on lui prête avec un chien qui porte le nom de Geronimo.
Il est Suisse comme on peut plus l’être. Pire! Il est Suisse allemand. Cela fait près de dix ans qu’il est arrivé dans le Midi de la France et ne parle toujours pas le français.
Il dit tout juste «Ponchour» avec un accent de là-bas et ne réclame jamais rien. J’ai découvert par hasard son existence et sa misère. Il survit avec un minimum AVS (300 euros par mois environ) et les œufs que lui pondent charitablement quelques poules provençales.
Personne, ici, ne s’inquiète de lui. Personne, chez nous, ne sait plus qu’il existe. Alors vous comprendrez pourquoi je suis tellement agacé lorsqu’un plus malin que les autres ose prétendre que nous sommes tous banquiers et pleins de sous.
Rolf Kesselring
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