Pied de nez aux détracteurs de l’art moderne
A Genève, le Musée Ariana présente des oeuvres céramiques réalisées par 25 artistes, dans les ateliers d'Albissola, en Ligurie.
«Fuck you art lovers» («J’enc… les amoureux de l’art»). Ces mots figurent sur une sculpture en céramique, œuvre du Danois Kristian Hornsleth, dont l’esprit de provocation pourrait aisément servir d’enseigne à l’exposition sagement titrée «Céramiques d’artistes 2».
Soit la première biennale de céramique dans l’art contemporain, donnée au Musée Ariana, à Genève. Lequel présente, en collaboration avec le Fonds cantonal de décoration et d’art visuel, un ensemble de 25 projets élaborés par des artistes – pas tous céramistes – dans les ateliers d’Albissola.
Cette petite ville de la côte ligurienne, réputée pour son passé artistique (elle est à l’Italie ce que Vallauris fut à la France, en matière de céramique), accueillait donc l’an dernier ladite exposition.
Joyeux pied de nez
Le musée Ariana la reprend cet été, exposant dans son sous-sol des sculptures commandées à des créateurs de différentes nationalités: Français, Suisses, Japonais, Italiens, Ghanéens…
Le moins qu’on puisse dire, c’est que leurs réalisations envoient un pied de nez joyeux et salutaire aux détracteurs de l’art moderne placé, ici, sous le signe de la fragilité.
Fragilité du contenant – la céramique – matière éminemment friable. Fragilité également du contenu – le sens – matière à controverse puisque, comme chacun le sait, les œuvres artistiques modernes se prêtent à mille et une interprétations.
L’imaginaire
Comment savoir, en effet, si les cinq lapins (de la Japonaise Momoyo Torimitsu) en faïence rouge, couchés à plat ventre, les pattes écartées, s’offrent docilement à la sodomie ou s’ils arborent une obséquieuse prosternation devant une autorité invisible?
Et comment ne pas voir dans ces trois tourne-disques en terre cuite (du Français Daniel Firman), qui crachent des sons à l’identique, la face espiègle de la musique sérielle souvent assimilée à un bruitage par les classiques?
Comment enfin ne pas sourire devant les hésitations du visiteur qui se demande si la tête d’un homme, dessinée dans la cuvette d’un W.C, ne cache pas celle d’une femme?
Une femme à barbe, en l’occurrence, qui souligne ici une autre forme de fragilité; celle de l’identité sexuelle dont les contours s’estompent de nos jours avec l’androgynie.
swissinfo/Ghania Adamo
«Céramiques d’artistes 2». Genève, Musée Ariana. Jusqu’au 2 septembre. Tel: 022/418 54 50
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