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Pour la vie!

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«Cartes postales» de Suisses expatriés... Rolf Kesselring, écrivain, ancien éditeur, nous adresse son courrier de la région de Nîmes.

Importation et exportation, le phénomène concerne aussi le registre lexical. Rolf Kesselring s’intéresse à la langue.

Les mots voyagent. Ils naissent, vont et viennent, se métamorphosent et, quelquefois, s’expatrient, puis ressuscitent ailleurs. C’est ainsi qu’en pérégrinant dans l’univers francophone – mon préféré! – j’en retrouve certains que je croyais de bien chez moi, sédentaires en diable et qui, pourtant, s’étaient fait la belle.

Cet été, dans le Var, du côté de Tourtour, ce «village dans le ciel», j’ai reçu, après une conversation à l’ombre d’un micocoulier, un «adieu» qu’un vieux berger provençal m’a dédié avant de disparaître entre ciel et pierres.

C’était un «adieu» pareil à ceux que l’on se dit en Romandie et chez nos Confédérés d’Outre-Sarine. Jamais définitif, il se lance joyeusement lorsque qu’on quitte l’assemblée. Rien à voir avec l’adieu des Français qui, lui, est toujours triste et définitif comme une petite mort.

La langue des émigrés

Lors de mes premiers voyages en France, j’ai eu – je m’en souviens – un mal de chien à trouver la juste addition entre soixante-dix et quatre-vingt-dix. Forcément, ma vérité arithmétique errait de septante à nonante depuis mon enfance.

Puis, il y eut la Belgique plutôt vingt fois qu’une! Ensuite ce fut le Québec où les amis se tordirent de rire, lorsqu’un jour, j’ai osé affirmer avec assurance et candeur que «j’avais deux gosses à la maison» …

L’idiome que j’aime

Je l’ai retrouvé partout cet idiome que j’aime, ce patois tout pétri de germain rocailleux et de latin chantant mélangés, revigorant à la gueule et franc pour le discours. Je l’ai repéré encore survivant dans les marigots de Louisiane, échauffé en Afrique, en Asie, dans le Pacifique, en Amérique du Sud… Partout vous dis-je!

Puis, dernièrement encore, entre le beurre et les sardines fraîches d’un petit déjeuner charentais, je l’ai retrouvé qui disait «tablard» et «panosse» tout comme dans ma Romandie natale.

Au français… pour la vie!

C’est revenant dans ma garrigue que j’ai eu un coup au cœur. Un paquet venant de Lausanne m’attendait. Sur l’étiquette, j’ai lu que «Swisspost» avait pris en charge ce petit carton plein de tendresse que m’avait expédié, de Lausanne, ma fille bien-aimée, et qu’il était «post paid». J’ai encore appris que c’était un «envoi economy»…

Vexé, j’ai couru chez le tatoueur de la ville voisine et je me suis fait graver l’épiderme de cette épitaphe rageuse et volontaire entourant voluptueusement un cœur blessé : «À la langue française pour la vie»!

swissinfo/Rolf Kesselring

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