«Salida», sur un air de tango
La pièce de Sandra Korol, jeune dramaturge suisso-argentine, vient de paraître chez Campiche dans la série "Enjeux".
C’est Françoise Courvoisier qui met en scène, au Théâtre de l’Alhambra à Genève, ce texte mêlant lyrisme décati et lubricité
Il est tout chaud… le nouveau recueil de pièces de théâtre qui vient de sortir chez Campiche dans la série très prisée intitulée «Enjeux», lancée depuis peu par l’éditeur fribourgeois.
«Enjeux 2», c’est son titre, regroupe donc quatre textes de jeunes dramaturges romands, parmi lesquels Sandra Korol, 30 ans, et déjà beaucoup d’ambition dans la plume. Dans le regard aussi. Son écriture, qui mêle à souhait impertinence moderne et lyrisme décati, lui vaut les honneurs des scènes institutionnelles.
En mars dernier, on a pu voir d’elle «KilomBo», présenté au Théâtre de Vidy-Lausanne. Et aujourd’hui, c’est Françoise Courvoisiser, metteuse en scène et directrice du Théâtre Le Poche à Genève, qui crée dans la salle de l’Alhambra la dernière pièce de Sandra Korol parue chez Campiche sous le titre de «Salida».
Rêves enfouis
Avec cette pièce, l’auteur persiste et signe sa préférence pour les histoires que l’on cache au fond de soi et pour les rêves enfouis qui s’épanouissent ou s’étiolent une fois racontés. Elle aime bien ça, Sandra Korol, elle qui dit: «Il est temps que les histoires souterraines remontent à la surface».
Ce qui remonte à la surface dans «Salida», ce sont les origines de l’auteur, née à Genève d’un père russo-argentin. «Je semble issue de gens qui n’ont eu de cesse de fuir dans l’urgence, écrit Sandra Korol, pour se protéger ou pour protéger les leurs, abandonnant derrière eux l’histoire écrite. Reste dès lors la mémoire de ceux qui sont vivants. Et les légendes qui vont avec».
Corps à corps
On dira que «Salida», c’est le récit d’un corps à corps avec les mots et la musique qui les porte, en l’occurence le tango. Le tango argentin, bien sûr, joué en live dans le spectacle par le trio Siglotreinta.
La musique plaintive des coeurs et celle plus agressive des coprs épousent ici le rythme d’une histoire à deux temps -comme le tango, où passé et présent s’entrechoquent constamment. «Salida» avance par flashs et par coups de reins. On nage dans les souvenirs et la luxure.
L’auteur situe l’action dans une épicerie tranformée en lupanar par les bons soins d’une vieille maquerelle. Au service de celle-ci, une pute, affublée du joli nom de Begonia. Un soir d’orage, les deux femmes reçoivent la visite d’un certain Nahum qui porte en lui secret et qui va réveiller les souvenirs des deux femmes vieillies, mais toujours en feu.
A cette atmosphère lubrique et étrange, le tango donne une note éthérée. Les personnages de Sandra Korol sont aériens. Ils dansent, et leur danse les transporte. Ce qui n’est pas le cas des acteurs qui les incarnent. Françoise Courvoisier colle ses comédiens au sol. Son spectacle manque d’air, d’air poétique.
swissinfo, Ghania Adamo
«Salida» de Sandra Korol, une coproduction du Théâtre Le Poche Genève et de Textes-en-Scènes. Jusqu’au 11 juin au Théâtre de l’Alhambra, Rue de la Rôtisserie 10 à Genève.
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