Soleure: et si on allumait la lumière?
Le ciel est bas, et les pavés rougeâtres de la vieille ville de Soleure bien mouillés. Les rues sont tranquilles, et seules quelques banderoles, disposées autour des lieux concernés, rappellent que les 36èmes Journées Cinématographiques, LE rendez-vous annuel du cinéma suisse, ont commencé.
Souvent, un festival s’ouvre par une projection prestigieuse, histoire de lancer l’événement en fanfare. Mais pas à Soleure: à 14h00, c’est un «bloc» de courts-métrages qui lance les festivités.
Quatre films, précédés d’une allocution du directeur de la manifestation, Ivo Kummer. Look gris sombre, la voix monocorde, il se lance dans un descriptif de la situation financière du cinéma suisse – difficultés de production, manque d’argent – accompagné de remerciements divers, notamment à SRG-SSR Idée suisse, principal soutien à la production cinématographique helvétique. Dix minutes, sans un sourire.
Les spectateurs, dont pas mal d’écoliers, écoutent sagement. Et moi je m’interroge. Dans un restaurant, c’est la qualité du repas, l’imagination du chef et la chaleur de la salle qui font revenir les consommateurs, pas les soucis du comptable. Depuis quand les problèmes de logistique artistique doivent-ils ainsi éclabousser le spectateur?
Place au cinéma, donc, avec tout d’abord une jolie surprise: «La jeune fille et les nuages», court film d’animation du Jurassien Georges Schwizgebel. Une relecture poétique de l’histoire de Cendrillon, magnifiquement synchronisée à une fugue de Félix Mendelssohn. Schwitzgebel, c’est de la peinture qui bouge, c’est léger, fluide et coloré…
Avec «Kimberly», changement de registre. La jeune zurichoise Bettina Disler a braqué sa caméra sur Kimberly, une transexuelle qui nous raconte avec sensibilité ce qui l’a amenée à changer de sexe, ainsi que les difficultés de son choix. C’est évidemment intéressant au titre de l’humain, plus discutable au plan cinématographique: une confession filmée, avec alternance de photos de famille et de plans de poissons très métaphoriques.
Matto Kämpf a 30 ans et vient de Thun. Avec «Im Wald», il nous propose de suivre deux jeunes femmes dans une équipée nocturne et automobile. Leur dialecte suisse alémanique est aussi profond que leurs propos bavards et apparemment vides. Hymne à l’absurde? Ma «welsch kultur» ne me permet définitivement pas de répondre à cette question. Ni à celle-ci: le climat orange sale qui baigne le film est-il dû à un filtre ou à un manque d’éclairage?
Last but not least, «Horn’Dogs», de Tom Traber. Le journaliste bernois s’est rendu en Allemagne pour y suivre une bande de jeunes, qui font de petits boulots, roulent en Chevy Impala, et ne discutent que de cul faute de pouvoir parler d’amour. Drague, «baise», vulgarité et vomis sont au rendez-vous. La force de ce film, à mi-chemin entre fiction et documentaire, c’est sans doute de nous montrer l’insondable vacuité de ces quelques vies.
Fin de séance. Dehors, le ciel est toujours aussi gris, les pavés soleurois toujours aussi mouillés. Les Journées Cinématographiques se tiennent jusqu’à dimanche… pourvu que la programmation s’illumine un peu, sinon, les rayons «antidépresseurs» des pharmacies locales seront rapidement en rupture de stock.
Dernière remarque pour les amateurs de couleur: les peintures réalisées par Georges Schwitzgebel pour «La jeune fille et les nuages» sont à voir jusqu’au 3 février à la Galerie Papiers-Gras, à Genève.
Bernard Léchot
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