Tant qu’il y a de la vie
Salle comble pour l'ouverture officielle des Berner Tanztage, à la Dampfzentrale de Berne, avec la troupe italo-slave Déjà Donné et leur spectacle Aria Spinta. C'est dire à quel point ce festival de danse choisit bien ses compagnies.
Projecteurs et rideaux de scène, tout finit par leur tomber sur la tête. Les deux danseurs et trois danseuses de Déjà Donné sont terrorisés. Ils tombent les uns après les autres. Comme dans un bombardement.
Slaves jusqu’au bout
Pas étonnant quand l’on découvre l’identité des interprètes. Ils sont slaves et proviennent des Balkans. Hormis leur chorégraphe et vendeur de boissons, l’Italien Simone Sandroni!
Dans la tourmente d’un ciel qui leur tombe sur la tête et qui finit par mettre à nu toute la scène, ils s’effondrent, certes, mais toujours ils se relèvent. Et continuent à danser de plus belle. A s’aimer follement, désespérément, pour conjurer le malheur de la guerre.
Et pourtant, qu’est-ce qu’ils nous ont fait rire jusqu’à ce final apocalyptique! Dans un jeu qui entremêle danse et théâtre. Comme au cirque, où les clowns savent tout faire. Vous faire rire et pleurer.
Le capharnaüm de l’ego
Au début, chaque danseur veut vendre le programme du spectacle. Puis, celui-ci veut changer la musique du show. Celle-là veut faire sortir le public pour tout recommencer à zéro. C’est la confusion la plus totale. Le capharnaüm sur scène et jusque dans la salle.
Le public est sollicité. Le plus grand des deux danseurs annonce qu’il va interpréter un solo. Dans le même temps, le plus petit passe dans les rangs des spectateurs pour faire la quête. Insolent.
Le tableau suivant, Simone Sandroni se transforme en vendeur de boissons fraîches. Et il les vend réellement. Comme à Rimini, où entassés sur la plage, les baigneurs hésitent à bénir le passage du vendeur de glaces, tant il est insistant avec son panier pendu autour du cou.
En fait, ils dansent comme ils vivent et, surtout, tant qu’ils sont en vie. Sans cesse en équilibre chorégraphique entre partage et égoïsme, entre jalousie et dévouement.
Se relever est ce qui compte
Pour les accompagner, cette musique slave qui fait chavirer l’âme et qui revient souvent dans le spectacle comme un leitmotiv. Pour une ronde d’une danseuse au bras de son partenaire. Comme si le rythme effréné obligeait à ne plus penser pour survivre. Tandis que les violons tziganes rappellent sournoisement les séparations, les déchirements.
Mais ce qui compte, et on le comprend très vite, c’est la capacité à se relever malgré l’incertitude du lendemain. «Le drame n’est pas dans la chute, mais dans l’incapacité de se relever après la chute», devait déclarer à l’issue de la représentation, l’auteur du spectacle, Simone Sandroni.
Pour sûr, ils ont une pile dans le ventre, les danseurs de Déjà Donné. Et jouent astucieusement de leur physique contrasté. Un petit gros râblé. Un long maigre anguleux. Une athlétique aux cheveux courts et l’air décidé. Une seconde blonde au charme mystérieux. Jusqu’à la brune endiablée qui nous rappelle étrangement la sauvageonne dans le film-culte du Nom de la Rose de Jean-Jacques Annaud, inspiré du roman d’Umberto Ecco.
Emmanuel Manzi
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