Trenet a rendez-vous avec le ciel
Le chanteur français Charles Trenet est décédé ce week-end à l'âge de 87 ans. Le «dernier troubadour» pour Cocteau, le «fou chantant» pour les autres avait inventé la chanson qui rêve, délire et swingue...
Trenet est mort et ça fait un vide. On s’était habitué à sa présence comme à quelque chose d’immuable. On savait qu’il avait été le modèle de ces modèles que nous respectons – Brassens, Brel, eux-mêmes disparus depuis longtemps. Ce qui, d’une certaine façon, le plaçait déjà hors du temps.
Mais Trenet était là, et bien là. A chaque nouvel album (le dernier date de 1999), chacun s’extasiait sur la fraîcheur de sa voix, et la permanence de ses qualités poétiques en matière d’écriture.
On se souvient du dernier concert qu’il a donné en Suisse: c’était sur la grande scène du Paléo Festival de Nyon, en 1998. En début de soirée, sous la chaleur persistante du soleil de juillet, Papi Trenet avait rassemblé une foule immense, à la fois recueillie et souriante. Etrange mélange de têtes chenues et d’ados intrigués. Devant moi, les crânes de deux punks, dont un à crête verte, dodelinaient gentiment…
Faut-il rappeler la trajectoire du «Fou chantant»? Alors prenons un raccourci: Charles Trenet est né le 18 mai 1913 à Narbonne. Il est mort ce week-end à l’hôpital Henri-Mondor de Créteil, dans le Val-de-Marne, des suites d’une attaque cérébrale.
Entre ces deux instants, des débuts de duettiste avec le Suisse Johnny Hess, puis une carrière en solitaire dont on ne compte plus les fruits: un millier de chansons dit-on, dont «Je chante», «J’ai ta main», «Boum», «Le soleil a rendez-vous avec la lune», «La mer», «L’âme des poètes», «La Romance de Paris», «Moi j’aime le music-hall», «Que reste-t-il de nos amours?», «Y a de la joie»… N’en jetez plus. Beaucoup de titres nettement moins enthousiasmants aussi, mais l’histoire ne retiendra que les perles.·
Car l’histoire trie toujours, les avalanches de témoignages dithyrambiques, voire apologétiques tombés des agences de presse le prouvent. Pourtant, si l’oeuvre est incontestable, le personnage était plus ambigu, comme le constate le chanteur Sarclo: «J’ai entendu de telles horreurs sur lui qu’il m’est difficile d’en parler. Je ne suis pas sûr de sa générosité, par contre, je suis sûr de l’oeuvre: il faut être un pignouf pour ne pas se rendre compte de ce qu’il a laissé derrière lui.»
Un matin, en déambulant dans votre cité, essayez de siffloter la mélodie de «Que reste-t-il de nos amours?» Il y a bien des chances que le soir venu, ce soit la ville entière qui en chantonne la mélodie… «Longtemps après que les poètes ont disparu, leurs chansons courent encore dans les rues», c’est ce qu’on retiendra effectivement de cette nouvelle tombée lundi matin.
Bernard Léchot
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