Tu vas «au jazz»?
A Montreux, il y a deux festivals. Le «in», payant et prestigieux. Et le «off», festif, qui draine la foule.
Balade sur les quais, là où les podiums musicaux alternent avec les stands de nourriture et d’artisanat.
A Montreux, pour une soirée, le prix d’un billet oscille de 50 à 120 francs, selon la salle, les artistes et le type de place. Les concerts «in» du Montreux Jazz Festival ne sont pas bon marché, tout le monde l’admet.
Mais le jazz festival peut également être totalement gratuit si l’on se consacre au «off». Car à la différence du Paléo Festival ou d’autres manifestations du même type, qui tablent sur un prix d’entrée moyen pour un programme incluant vedettes et découvertes, Montreux joue clairement la carte du festival à deux vitesses.
Au Palais des Congrès et au Casino Barrière se pressent donc les mélomanes arborant le bracelet qui leur permettra d’entrer dans le saint des saints. Et puis, sur les quais, se promène une foule bigarrée, de tous âges et de tous styles. On y flâne, on y consomme, et on s’y arrête au gré des animations musicales, qui sont légion.
Il est certain qu’on n’y entendra ni Radiohead, ni George Benson, ni Van Morrisson. Mais en visant juste, on pourra tomber sur des musiciens époustouflants. Car le talent est parfois indépendant de la gloire.
Le off
Le festival «off» propose environ 300 concerts gratuits, qui, cette année, se déclinent thématiquement, journées «swiss pop rock», «salsa», «afro-reggae», «blues», «electro-trip-pop» etc.
Une constante, jour après jour: la présence, sur la scène du Parc de la Rouvenaz, de big bands venus des quatre coins des Etats-Unis. Big bands qui ne peuvent qu’imposer une forte dose d’humilité aux musiciens amateurs qui passent le long des quais. Pour balancer, ça balance.
Autre constante: les incontournables musiciens sud-américains reprenant à la flûte de pan les grands tubes de la variété internationale, de «El Condor pasa» à «Woman in Love»…
Mais ceux-là ne font pas partie de la programmation du festival, au même titre que les quelques babas, torse nu et guitare à la main, qui sont restés scotchés au souvenir, ou à l’image, de Montreux millésime 1969.
Badauds et marché
Les quais sont envahis d’échoppes, du Centre des Congrès jusqu’à la Place du marché.
Stands de nourriture, depuis les fruits et légumes frais jusqu’à à la gastronomie orientale en passant par la fondue… Et l’odeur de fromage chaud par 30° à l’ombre, il faut être costaud. Et puis artisanat en pagaille: fringues de tous genres, jouets, bibelots, peinture sur soie, instruments du monde…
Dans ce vaste souk, tout en longueur, les badauds défilent, clairsemés l’après-midi, en rangs serrés jusque tard le soir. Et parmi eux, ceux qui se rendent aux concerts en salle sont rares.
Un jeune Bullois vient pour se balader, et essayer des instruments. Une Montreusienne d’âge mûr vient se promène «pour l’ambiance». Peut-elle citer le nom d’un artiste programmé au festival? Non, aucun. Quant à cette Haïtienne de Floride, elle aurait bien voulu voir un ou l’autre concert, mais tout est plein. «Alors j’irai voir ceux qui sont gratuits», dit-elle.
Il y a le Montreux Jazz Festival que les médias véhiculent. Celui des soirées prestigieuses, des stars consacrées ou des idoles en devenir. Et puis il y a l’autre, celui des promeneurs, qu’on évoque peu et qui pourtant est celui de la majorité.
«Tu vas au jazz?» dit-on dans la région. Ce qui ne signifie pas qu’on va écouter un concert, non. Mais plutôt qu’on va simplement s’immerger dans cette ambiance de fête.
swissinfo, Bernard Léchot à Montreux
37e Montreux Jazz Festival, jusqu’au 20 juillet.
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