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Un poète espiègle sous le chapiteau du Knie

Un instant du spectacle de Massimo Rocchi. Knie/swissinfo

Le comique italo-suisse Massimo Rocchi est l’hôte d’honneur de la tournée 2003 du Cirque national Knie, qui fête ses 200 ans.

Rencontre avec un polyglotte qui pose un regard irrésistiblement drôle sur la Suisse et les Suisses.

swissinfo: Le plus souvent vous vous produisez sur une scène de théâtre. Là, vous êtes sous un chapiteau de cirque. Quelle est la différence?

Massimo Rocchi: Le théâtre, c’est un peu comme un match de football: on a 90 minutes à disposition. Si on est fatigué, on laisse filer le ballon, on fait de mauvaises passes… Et on n’est pas forcément à la hauteur pendant toute la partie.

Au cirque, en revanche, c’est comme une séance de tirs au but: on a trois minutes, peut-être cinq, jamais plus de sept. On n’a pas droit à l’erreur. Il faut séduire les gens dès les premiers instants.

swissinfo: Vous dites que le Cirque Knie est le meilleur du monde… Pourquoi?

M.R.: Plusieurs directeurs de cirque et d’écoles de cirque le disent aussi. Mes collègues le disent. Et chaque artiste de cirque rêve de travailler pour la famille Knie.

Oui, je pense que c’est le meilleur. Parce que rien n’est laissé au hasard. Les animaux sont très propres, entraînés, ils ont de l’espace. S’il y a un problème, le directeur veut en être informé immédiatement.

Et puis, les Knie innovent. Ils ont eu une idée formidable en intégrant des comiques qui viennent d’autres filières dans le traditionnel spectacle de cirque. C’est un mélange unique au monde. De plus, le Cirque Knie a une dimension énorme pour un petit pays comme la Suisse.

swissinfo: Un cirque national qui ressemble à son pays?

M.R.: Le Cirque Knie donne une image très différente des clichés habituellement véhiculés sur la Suisse. L’image qui est généralement exportée est celle des banques, des assurances, du chocolat… Knie, par contre, est un produit plein de fantaisie.

swissinfo: Et les Suisses ont de la fantaisie?

M.R.: Les Suisses? C’est le peuple qui a amené l’autoroute dans la montagne. Un peuple qui te fait arriver à 2000 mètres d’altitude en costume et cravate. Un peuple qui a défié une géographie très dure. Oui, les Suisses ont énormément de fantaisie… pratique.

Ils ont également fait preuve d’une grande créativité dans de nombreux domaines culturels. Mais aussi dans l’industrie. Il y a par exemple cette petite entreprise suisse qui produit un élément du moteur diesel.

swissinfo: Ce peuple suisse vous inspire-t-il particulièrement?

M.R:Bien sûr! Dans mon spectacle, je raconte d’ailleurs ma rencontre avec la Suisse.

Tout mon travail part du petit détail. Au-delà du fait qu’elle est merveilleuse, la bureaucratie suisse peut se révéler très comique… Une bonne bureaucratie nécessite des règles. Et réglementer la règle d’une règle réglementée devient naturellement un labyrinthe. C’est déjà drôle en soi.

La tradition peut faire rire aussi. Franchement, comment garder son sérieux face aux lutteurs qui se battent avec des culottes sur les pantalons?

Le grounding de Swissair et la faillite de la compagnie aérienne avaient aussi un grand potentiel. Tragi-comique dans ce cas.

Parfois, les politiciens sont drôles aussi. Je me souviens de la figure toute rouge de Jean-Pascal Delamuraz. Ou l’inoubliable Adolf Ogi apparaissant à la télévision, pendant une tempête, avec un sapin de Noël qu’il voulait planter… mais l’arbre n’avait pas de racines!

swissinfo: Dans votre spectacle, vous avez beaucoup de succès avec votre italianité… Comment expliquez-vous cette passion des Suisses pour leurs voisins?

M.R: L’histoire suisse a fait se rencontrer ces deux cultures. En se côtoyant, les Suisses et les Italiens se sont rendu compte qu’ils pouvaient rire et sourire ensemble.

Et aujourd’hui, je pense que la culture italienne est plus appréciée en Suisse qu’en Italie.

swissinfo: Vous êtes un observateur privilégié des Suisses. Selon vous, quel est le ciment qui les unit?

M.R.: Avant tout: les chemins de fer… En Suisse, on est à peine monté dans un train et on a l’impression d’être déjà arrivé à destination.

Il y a aussi ce sentiment d’indépendance, de ne vouloir être possédé par personne. C’est un dénominateur commun. Là, il y a comme un ‘gentleman agreement’, qui autorise aussi les Suisses à se disputer entre eux quelquefois.

Et puis, bien sûr, l’harmonie est plus facile quand la situation financière est aisée.

swissinfo: Mais, même en Suisse, on ne rit pas tous les jours…

M.R.: Dans la vie, ce n’est pas obligatoire de rire tout le temps. Ce qui est important, c’est d’avoir de l’humour.

Une personne qui rit n’a pas nécessairement le sens de l’humour. Par contre, celui qui se lève le matin et met involontairement une chaussette blanche et une chaussette rouge, lui a très probablement de l’humour.

Pour en avoir, je pense qu’il ne faut pas être centré sur soi-même, mais avoir un brin d’autodérision. Moi, je préfère rire de moi-même, plus encore que rire des autres,

Et puis, le rire, ça ne se commande pas. Il peut surgir là où on ne l’attend pas forcément. Par exemple, au Cirque Knie, il apparaît dans le regard d’un chameau, sans doute plus que dans le texte de celui qui raconte des histoires drôles.

Interview swissinfo: Mariano Masserini
(Adaptation: Alexandra Richard)

En 1803 Friedrich Knie renonce à ses études de médecine et se joint à une troupe d’écuyers. En 1819 il fonde le Cirque.
En chiffres, le spectacle de jubilé, ce sont 40 artistes, 241 jours de tournée et 358 représentations dans 47 localités.

– Né en 1957 à Cesena, en Italie, Massimo Rocchi suit une formation universitaire à Bologne.

– Parallèlement, il prend des cours de théâtre à l’Ecole d’Art dramatique. Il part ensuite pour la France.

– En 1982, il quitte le cours Marcel Marceau, à Paris, diplôme en poche.

– En 1984, il débarque en Suisse où il vit toujours, avec sa famille.

– Depuis qu’il est arrivé en Suisse, Massimo Rocchi est attentif aux petites particularités des différentes communautés qui composent ce pays.

– Il a su saisir comme personne les tics de chacun. Polyglotte, il se joue des différentes langues avec humour et malice.

– Désormais, tout le monde connaît, grâce à lui, l’expression typiquement bernoise: «äuä!»

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