Un virtuose de la cabriole
Gino Zampieri présente, en tournée romande, «Harlequin serviteur de deux maîtres» de Carlo Goldoni.
Dans le rôle-titre, Jean-Philippe Meyer restitue bien le style de la commedia dell’arte.
Gino Zampieri est sur tous les fronts. En cette rentrée théâtrale, il occupe avec bonheur les scènes romandes.
Après avoir monté «Hilarité bruyante sur les bancs de la majorité» de Victor Hugo, il s’apprête à créer au TPR (Théâtre populaire romand), qu’il dirige à la Chaux-de-Fonds, «Jenny-Tout-Court» de l’auteur suisse Michel Beretti.
En attendant, il reprend à Genève, dans le cadre d’une tournée, «Harlequin serviteur de deux maîtres» de Carlo Goldoni. Un spectacle qu’il a mis sur pied l’an dernier et qui, depuis, rencontre auprès du public un franc succès.
Zampieri a côtoyé Goldoni du temps où il était l’assistant du célèbre metteur en scène italien Giorgio Strehler. Lequel avait dépoussiéré, avec la maestria qu’on lui connaît, cet «Arlequin» confiné dans les livres, en donnant à la pièce toute sa mesure humaine.
Arlequinades esthétisantes
En lui restituant aussi son lustre de comédie sociale où la réflexion sur l’amour, la cupidité, les mensonges, la jalousie, l’emporte sur les arlequinades esthétisantes de la commedia dell’arte.
Car il faut bien le dire, si la pièce de Goldoni offre une astucieuse étude sociale, elle appartient aussi à cette commedia-là que Gino Zampieri semble privilégier.
Prodigieux acrobate, virtuose de la cabriole, manipulateur habile de tous les babils, son Harlequin (ingénieusement campé par Jean-Philippe Meyer) s’exprime aussi bien en français qu’en allemand. D’où le rajout du H à son prénom.
Mille astuces servent son théâtre intime: pirouettes, dextérité manuelle, ubiquité… A quoi s’ajoute son légendaire barda qu’il porte sur son corps et son visage: masque noir dont il joue finement, et costume à losanges multicolores, agrémenté de la célèbre batte.
En cela, Jean-Philippe Meyer restitue très bien les qualités de la commedia dell’arte. Tellement bien que son personnage se retrouve prisonnier d’un passé recouvert de multiples couches d’esthétisme. Lui manque, hélas, cette force qui lui aurait permis d’individualiser la figure du serviteur, pour sortir ce dernier de son rôle codé.
swissinfo/Ghania Adamo
«Harlequin serviteur de deux maîtres». Genève, Théâtre du Grütli, jusqu’au 23 octobre. La Chaux-de-Fonds, du 4 au 11 novembre. Yverdon-les-bains, le 19 novembre. Neuchâtel, les 21 et 22 novembre.
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