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Une belle dédicace à l’amour maternel

Gérard Guillaumat en pleine lecture. (Maria del Curto) swissinfo.ch

A Genève, Gérard Guillaumat lit «Le livre de ma mère», de l'écrivain Albert Cohen. Très émouvant.

Pendant une heure et vingt minutes, Gérard Guillaumat porte l’amour maternel à bout de doigt. On peut ici oser l’expression sans craindre la pirouette stylistique. Car une fois de plus, c’est son index que l’acteur pointe en direction du texte, comme toujours humblement posé sur une table.

Son geste, si souvent esquissé durant ses récitals, a quelque chose de rituel, de presque sacré. Grand lecteur devant l’Eternel des plus belles pages de la littérature universelle (Dickens, Hugo, Rimbaud, Maupassant…), Guillaumat fait entendre aujourd’hui les mots d’Albert Cohen.

Un récit pathétique, viril

Sur la petite scène du Poche, les paroles qu’il prononce ou murmure sont de celles qui vrillent et font vaciller. «Me voici sans cesse demandant ma mère, la demandant à Rien. Me voici, l’homme nu, abandonné (…) transpirant et respirant avec peine car je n’y comprends rien à mon humaine aventure.»

Entre le désespoir d’avoir perdu sa Maman et la haine du fils qu’il fut, le petit Albert s’enferme dans les souvenirs heureux de l’enfance. Tandis que l’adulte reconstitue les traits d’une mère protéiforme, Reine de Saba, vieille femme édentée, digne, belle, gauche, solitaire, rieuse, triste, affreusement humiliée, terriblement généreuse, au pied de laquelle il ne sut pas toujours déposer son amour.

Culpabilité et bonheur, deux sentiments que l’écrivain évacue ou cultive dans «Le livre de ma mère», récit pathétique, viril, lyrique, drôle, ébauché en 1943 et achevé quelques années plus tard.

Gérard Guillaumat, dirigé par le metteur en scène Jean-Louis Hourdin, le donne au public, accompagné de deux musiciens: Daniel Bourquin (saxophone) et Léon Francioli (contrebasse).

Installé sur une chaise, le comédien s’enracine de tout son corps trapu dans ce récit. Son énergie est terrienne, sa voix aérienne. Exactement ce qu’il faut pour rendre infiniment palpable l’image sublimée de la mère. De toutes les mères.

swissinfo/Ghania Adamo

«Le livre de ma mère». A Genève, Le Poche; jusqu’au 16 juin. Tel: 022/310 37 59

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