Une mélancolie gaie
Martine Paschoud met en scène à Genève deux dramolets de Robert Walser. Entre révolte intérieure et paix bucolique.
Une chambre à coucher, une conversation entre une mère, installée sur un lit, et son fils, un garçonnet effondré à ses pieds, qui a voulu se suicider. Simplement parce qu’il souhaitait savoir si sa maman était capable de se faire du souci pour lui.
Cette scène a quelque chose de tendre et de pieux à la fois. Elle reste la plus belle et la plus touchante du spectacle. Parce qu’elle dégage tout le sens de la représentation: le passage difficile de l’adolescence à l’âge adulte qui s’accomplit comme un voyage initiatique entre l’ici et l’au-delà.
Force de frappe
La mort y chemine sous les traits de deux très jeunes garçons: Peter et Fritz. Le premier vit tragiquement dans l’ombre d’une mère disparue. Le second souffre de la présence trop pesante de la sienne.
Tous deux sont les héros respectifs de «Les Garçons et L’Etang», deux dramolets de l’écrivain biennois Robert Walser, que Martine Paschoud met en scène au Théâtre du Loup, à Genève.
Les deux pièces agissent comme une force de frappe dont chacun encaisse l’impact selon les secrets de sa vie. On sait l’aptitude qu’avait Walser à faire entrer son propre destin dans son oeuvre.
Il était âgé d’à peine 24 ans lorsqu’il écrivit ces deux textes. Jeune auteur mélancolique, il termina sa vie dans la folie.
Mais sa mélancolie était gaie, un peu comme celle qui plane sur le spectacle de Paschoud. La metteuse en scène a réuni sept acteurs et actrices, fraîchement sortis des Conservatoires de Lausanne et de Genève.
Elle les fait jouer sur un praticable adossé à un grand écran où se profilent des paysages alpins, des images de forêt, de clairière et d’étang (scénographie Eric Jeanmonod).
A la recherche d’une paix bucolique
La nature est ici un personnage à part entière, sur lequel s’appuient, comme chez Rousseau, les êtres troublés de Walser, toujours à la recherche d’une paix bucolique.
La tension de l’écriture walsérienne provient justement du va et vient constant entre le dedans (la conscience individuelle) et le dehors (le monde). Mouvement que Paschoud et ses comédiens restituent beaucoup mieux dans «L’Etang».
Probablement parce que dans cette pièce le va et vient s’opère sur scène d’une manière moins agressive. Sans qu’il soit besoin, comme dans «Les Garçons», de ponctuer par des exercices physiques (pirouettes, coups de poing, crochets ajustés, chutes et rechutes…) la révolte intérieure. Et de lui opposer la sérénité extérieure qu’offre la nature.
swissinfo/Ghania Adamo
«Les Garçons et L’Etang». A Genève, Théâtre du Loup; jusqu’au 15 juin. Tel: 022/301 31 00
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