Vieille Afrique contre nouvelle Afrique
Au Festival international de films de Fribourg, le public a pu découvrir en compétition «Faat-Kine», du Sénégalais Sembène Ousmane. Ou quand la jeune Afrique rejette l'ancienne.
Sembène Ousmane, 78 ans, a ce qu’on appelle un parcours: à son actif, une quinzaine de films et de romans. «Faat-Kine» est la deuxième étape d’une trilogie voulue par l’auteur pour dire l’héroïsme des femmes africaines au quotidien: après l’Afrique rurale, l’Afrique urbaine…
Faat-Kine est une femme, belle, dont l’énergie, la quarantaine et les rondeurs font tout le charme. Elle se rêvait magistrate, elle est gérante d’une station-service. Ses deux enfants, Aby et Djib’, issus de deux pères différents, viennent de passer leur bac avec succès.
Vie confortable, jolie maison, succès des rejetons… L’occasion pour les deux pères – qui avaient froidement abandonné Faat-Kine et n’avaient guère donné de nouvelles ni de soutien depuis – de se manifester de façon intéressée: le mariage les tente soudain.
Temps fort du film, après une longue approche: la rencontre des enfants et des pères, en présence de la maman. Choc des générations, choc des mentalités. Alors que les pères pensent que le respect leur est nécessairement dû, malgré leurs errances, Djib’, le fils, les interpelle brutalement: «Vous les pères, vous êtes la honte de l’Afrique nouvelle!»
«Enfin, il y a une nouvelle Afrique qui se dessine. Il ne s’agit pas d’accuser l’Europe, c’est trop facile. Derrière nous, il y a quarante ans d’indépendance. Qu’est-ce que nous avons fait de ces quarante années?», remarque Sembène Ousmane.
Milieu relativement aisé, révolte d’étudiants, cette rébellion est-elle représentative de celle que la majorité des jeunes Africains peuvent ressentir? «Toutes les révolutions ont été dirigées par une minorité. En Afrique, il ne se passe pas un jour où une ou deux universités ne sont pas en révolte. Il n’y a pas un jour où les jeunes ne se révoltent pas contre le passé».
Alors que les pères sont lâches, intéressés, paresseux, Faat-Kine est forte et responsable. Schématique? Peut-être. Mais Sembène Ousmane veut montrer que ce sont les femmes qui font vivre la société africaine: ce sont elles qui travaillent, et qui nourrissent leur famille.
«C’est la première fois que le Sénégal a une femme comme Premier Ministre», ajoute le réalisateur. «Tout le monde applaudit. Mais pour moi ce n’est pas révolutionnaire. C’est une étape. Les femmes de l’Afrique à venir seront différentes de celles que l’Europe a l’habitude de voir, exotiquement.»
Bernard Léchot
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