Vu de Bienne
Le spectacle d'ouverture se voulait une métaphore pour l'ensemble de l'Expo. A Bienne, malgré quelques grands moments musicaux, la magie n'a pas pris.
Un vent frais souffle sur le lac et fait grelotter les 5000 spectateurs assis au pied des trois tours biennoises. Le temps n’en est pas moins parfait pour un spectacle et la lune en fin croissant ajoute encore à la magie du lieu.
L’écran géant s’allume et le public est prié de retarder sa montre de deux heures. Dans un fracas assourdissant, un chasseur FA-18 vient faire ses trois p’tits tours au-dessus de la baie, monte en chandelle et lâche ses fusées éclairantes.
L’assistance applaudit. Le spectacle peut commencer.
Premières longueurs
La construction de la tour de Babel, qui symbolise une Suisse plurilingue et multiculturelle, semble bien longuette, même si la musique qui l’accompagne est plutôt convaincante.
Acteurs et figurants, confinés sur le pont d’un bateau, assemblent l’édifice élément par élément. Ce premier tableau n’a rien de captivant, les gestes sont répétitifs et la scène est tellement loin du public que personne ne capte les détails de l’action.
Ce n’est que grâce à l’écran que la scène gagne en dynamisme. Les gros plans et le montage serré auquel se livrent en direct les réalisateurs de la télévision rendent ce passage bien plus vivant que ce que l’on peut voir depuis les gradins.
L’envol de Pégase
Le public se dégèle à l’apparition de Pégase, symbole du temps partagé. Ce cheval ailé d’une belle couleur bleutée qui trotte sur la plage est assurément une image réussie. L’assistance applaudit spontanément.
Malheureusement, Pégase restera l’exception. A Bienne, les belles images ne semblent simplement pas fonctionner. Même le ballet des sirènes se dilue rapidement dans les eaux froides du lac. Une fois immergées, les têtes de ces sirènes-là ne se sont plus que des points minuscules dans un décor immense, qui s’étend jusqu’aux tours de l’arteplage.
Prométhée enchaîné
Puis, vient le clou de ce spectacle biennois: la punition de Prométhée, qui est enchaînée à un rocher par Zeus pour avoir dérobé le feu des dieux afin de l’offrir aux hommes.
Techniquement, la mise en scène est imposante. Un hélicoptère de l’armée vient déposer le fils de Titan sur un rocher flottant. Sur une autre scène, Sina, féline dans son costume de panthère noire, chante pour le faire libérer. Et Io, la jeune femme transformée en génisse, nage autour du rocher et hurle sa souffrance à Prométhée.
Puis, survient Hermès, tel un macho aux commandes de sa vedette rapide. Le messager des dieux se lance alors dans un duel verbal avec le prisonnier enchaîné, qui s’est voulu bienfaiteur de l’humanité.
Sina, quel talent!
L’histoire est confuse. Et, malgré un gros déploiement de moyens techniques, le tableau reste statique. Toute la mise en scène tourne en effet autour d’un personnage enchaîné.
Dans ce contexte, la chanteuse haut-valaisanne Sina n’en tire que mieux son épingle du jeu. La partition très rock qu’elle a composée avec Markus Kühne met magnifiquement en valeur sa voix exceptionnelle.
Avec son énergie et son dialecte très typé, elle apporte à ces scènes de drame antique l’authenticité et le sentiment d’urgence qui sinon leur auraient fait défaut. Et cela malgré l’usage des hélicoptères et des vedettes rapides.
Encore des longueurs
Le troisième acte, dédié aux particularismes locaux, n’offre rien – à Bienne en tout cas – de bien spectaculaire. Des fanfares, un big band et quelques bateaux à moteur qui tournent en rond sur le plan d’eau. Sept jeunes gens sur une barque déclament des poèmes de Robert Walser, écrivain né à Bienne en 1878.
Pégase réapparaît et les spectateurs peuvent remettre leurs montres à l’heure. Les acteurs-figurants défilent sur la plage, sous les applaudissements. Et ce n’est qu’à ce moment que les tours et les ponts de l’arteplage s’allument, donnant au décor une touche de magie.
Exercice raté
Au final, ce spectacle d’ouverture n’avait rien de spectaculaire. On y chercherait en vain les images fortes qui resteront dans les mémoires.
On peut se demander si les références à une mythologie antique – que le grand public connaît de moins en moins – constituaient un choix judicieux pour susciter l’identification et générer l’émotion.
Et si cette cérémonie se voulait une métaphore de l’Expo tout entière, alors on peut dire que l’exercice est raté. La sensualité, la joie, le goût du jeu que l’on va retrouver dans nombre de pavillons d’Expo.02 étaient totalement absents du spectacle conçu par François Rochaix.
Mais la soirée d’ouverture n’est qu’un spectacle. Et ce n’est pas à l’aune de celui-ci que se mesurera le succès de l’exposition nationale.
swissinfo/Hansjörg Bolliger
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