Branle-bas de combat contre les manifestants anti-mondialisation
Alors que l'Italie s'apprête à accueillir le G8 à Gênes, les opposants à la mondialisation s'organisent. Pour éviter tout débordement, Rome surveille de près ses frontières. Avec l'aide d'autres pays, dont la Suisse. Lundi soir, au Tessin, la police a dispersé à coup de balles en caoutchouc une centaine de manifestants.
Depuis samedi dernier, l’Italie ressemble à une île: elle a suspendu momentanément les accords de Schengen. Pour assurer le bon déroulement du sommet de Gênes des sept pays les plus industrialisés plus la Russie, les douaniers effectuent désormais des contrôles systématiques aux frontières. Histoire d’éviter que des casseurs troublent la rencontre des pays les plus industrialisés.
Bouchons au Gothard
Cette mesure a eu des conséquences immédiates. En Suisse, les traditionnels bouchons estivaux du Gothard ont pris une ampleur encore plus importante. Aussi bien samedi que dimanche.
Mais les vacanciers ne sont pas les seuls mécontents. Les militants anti-mondialisation se plaignent eux-aussi. La Suisse et d’autres pays européens ont en effet échangé des listes de militants violents.
«Nous savons que la Suisse a fourni de telles données à l’Italie. Mais nous n’en connaissons pas exactement le contenu, confirme Viktor Goerffy, membre d’un collectif d’avocats zurichois défendant des opposants au Forum économique de Davos. Nous ne pouvons donc que faire des suppositions.»
En effet, la liste incriminée n’est pas publique. Selon les militants anti-mondialisation, elle regroupe les noms de personnes arrêtées lors des manifestations contre le Forum économique de Davos, en janvier dernier.
«Les autorités sont parties du principe que ces personnes étaient responsables de casses, poursuit Viktor Goerffy. Mais rien n’a été prouvé. Il est donc probable que la Suisse a transmis des données erronées.» Cet avocat regrette que certains militants soient ainsi limités dans l’expression de leurs droits politiques.
Renforcement des contrôles douaniers
Dans ce contexte, les militants anti-mondialisation ne vont pas porter plainte. Sauf si un manifestant est ennuyé en Italie ou à la douane.
Selon l’administration fédérale des douanes, les contrôles ont été renforcés à la frontière. Ce lundi, il a malheureusement été impossible d’obtenir auprès de l’Office fédéral de la police d’autres informations sur cette collaboration internationale.
Mais les opposants au G8, eux, sont bien décidés à manifester. En Suisse, l’association Attac, qui s’est également battue contre la fermeture de bureaux de poste, a organisé deux bus à destination de Gênes.
«Plusieurs centaines de nos membres devraient faire le déplacement, estime Peter Streckeisen, d’Attac Bâle. Nous nous attendons à des contrôles pointus à la frontière, mais nous pourrons certainement passer.»
Ce n’est cependant pas le cas pour tout le monde. Samedi, trois cyclistes ont été bloqués à la douane italienne de Ponte Chiasso. Ils faisaient partie d’un groupe de 25 cyclistes, essentiellement allemands, mais aussi suisses et américains.
Et dans la soirée de lundi, le train Dortmund-Milan a été bloqué durant près d’une heure par une centaine d’opposants à la mondialisation au poste-frontière de Chiasso.
Ces contestataires attendaient de pouvoir passer la frontière pour se rendre à Gênes et se sont installés sur la voie pour protester contre l’inderdiction faite à deux manifestants suisses se trouvant à bord du train de se rendre en Italie. Des agents de police suisses, en tenue d’assaut, sont intervenus de manière musclée pour permettre au train de repartir.
Les manifestants ont ensuite bloqué la douane durant plus d’une heure. La police a alors fait usage de gaz lacrimogènes et de balles de caoutchouc afin de mettre un terme à la manifestation.
«Focaliser l’attention sur les violences, c’est la stratégie des autorités politiques, qui ne veulent pas que nous parlions publiquement de nos idées, estime Peter Streckeisen. Face à ça, nous ne pouvons qu’affirmer nos positions.» Samedi, une revendication sera particulièrement importante: l’effacement de la dette des pays du tiers monde.
Caroline Zuercher
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