La justice suisse saisit un trésor de guerre
Paul Perraudin, juge d'instruction genevois, a mis la main sur des comptes qui embarrassent l'armement français.
En juin dernier, la justice suisse bloque les comptes à Zurich d’Andrew Wang, un intermédiaire taiwanais, soupçonné d’avoir perçu d’importantes commissions lors de la vente de six frégates par Thomson en 1991. Cette affaire est indirectement liée au dossier Elf.
Christine Deviers-Joncour, l’ancienne maîtresse du ministre Roland Dumas, et Alfred Sirven, ancien numéro deux de la société Elf, devaient percevoir 40 millions de francs de commissions sur la vente des bateaux. Celle-ci allait finalement rapporter 4 milliards de francs à Thomson et à la direction de la construction navale.
Recherché à Taiwan pour meurtre
Déjà en charge de l’affaire Elf depuis 1997, le juge Paul Perraudin est saisi de ce nouveau dossier qui, apparemment ne manque pas de rebondissements. André Wang, 72 ans, qui vit aux Etats-Unis – il est recherché à Taiwan pour meurtre – ne travaillait pas seulement pour Thomson.
La justice suisse, en collaboration avec celles du Liechtenstein et du Luxembourg, est parvenue à bloquer 1,2 milliard de francs sur les comptes de cet ancien militaire et de sa famille. L’argent des commissions ne provenait pas seulement de la vente de six frégates, mais aussi de celle de 60 Mirage-2000 en 1992.
Cette découverte met en cause Dassault, le constructeur des avions, Thomson, qui livrait les équipements électroniques, Matra, fournisseur d’armements, et la Snecma, fabriquant de moteurs. Les informations ont été transmises à la justice française, révèle le quotidien Le Monde, qui souligne que cette affaire «pourrait mettre en cause l’ensemble de l’industrie française de l’armement».
Pourquoi une décennie après les faits
On peut toutefois se demander pourquoi, une décennie après les faits, des sommes aussi importantes sont restées sur les comptes en Suisse d’Andrew Wang. Les intermédiaires ne sont-ils pas généralement chargés de redistribuer l’argent aux politiciens du pays acheteur comme du pays vendeur?
Roland Dumas déclarait en juin dernier dans la presse qu’il avait «quelques idées sur les circuits et les personnes». «Les intéressés savent que je sais», ajoutait-il. L’ancien ministre a été condamné à 30 mois d’emprisonnement, dont six mois ferme, dans l’affaire Elf, début 2001.
Ian Hamel
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