La lutte contre le racisme marque le pas à Genève
A Genève, les participants à la toute dernière session préparatoire de la Conférence mondiale contre le racisme n'ont pas réussi à se mettre d'accord sur plusieurs points sensibles. Dès le 31 août à Durban, ce sont donc les ministres qui devront trouver le consensus.
«Il faut regretter que les vraies négociations sur les sujets controversés n’aient pas commencé plus tôt, lors des deux premières sessions préparatoires. Cette fois-ci, on a progressé, mais il n’y a pas de résultat et on n’en attend pas avant la Conférence de Durban».
Cette appréciation, c’est Jean-Daniel Vigny, le chef de la délégation suisse, qui la portait vendredi après-midi alors que les délégués de cette troisième session s’apprêtaient à la conclure, selon le calendrier prévu, sans que le travail soit achevé.
La veille, Mary Robinson, Haut commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, les avait pourtant exhortés à se donner davantage de temps et à ne pas mettre un terme prématuré à leurs négociations sur les deux projets de textes qui devraient être adoptés à Durban, c’est-à-dire une déclaration et un programme d’action.
Le débat bloqué devant deux obstacles de taille
En fait, politiquement parlant, deux controverses de fond occupent le devant de la scène. D’abord, la demande africaine de réparations pour les dommages commis au temps de l’esclavage et du colonialisme. Si le principe de la réparation morale semble admis, celui d’une contrepartie matérielle est loin d’avoir convaincu les Occidentaux.
Ensuite, certains pays arabes paraissent attendre de la Conférence qu’elle assimile au racisme le sionisme et certaines de ses pratiques. Non seulement une telle idée est jugée intolérable par la délégation israélienne, mais Washington menace de boycotter la Conférence de Durban si elle doit servir de tribune contre Israël.
La délégation suisse sur la réserve, mais active aussi
Sur ces deux sujets, la délégation suisse se dit assez réservée. On sait que le groupe occidental de la Conférence subit de fortes pressions. La Suisse en fait partie. Sans passé colonial, sa position s’en trouve certainement facilitée. Mais, solidarité oblige, elle reste tout de même exposée, explique Jean-Daniel Vigny.
Cela dit, commente-t-il, «il serait malheureux que ces problèmes-là occultent complètement tout le reste, la question du racisme ne se ramène pas à ces sujets très politiques et très difficiles, les autres parties du texte sont tout aussi importants».
Précisément, la Suisse s’est attachée, pendant ces différentes sessions, à promouvoir plusieurs propositions. Deux d’entre elles semblent avoir passé la rampe. L’une soutient l’idée qu’il faut développer des institutions nationales indépendantes sur le racisme, l’autre que la non-discrimination dans les conflits armés est un principe humanitaire essentiel.
D’autres thèmes auxquels la délégation suisse tient beaucoup n’ont pas encore été véritablement discutés. On pense entre autres à la lutte anti-raciste sur internet, à la non-discrimination dans l’accès à l’éducation ou encore aux délits racistes qui devraient être poursuivis d’office par la justice.
«Le fait qu’on en parle est déjà un succès»
Il paraît donc bien difficile, alors que le temps presse, d’imaginer le genre de scénario qui prévaudra finalement à Durban. Mais cela n’a pas trop l’air d’inquiéter Boël Sambuc, vice-présidente de la Commission fédérale contre le racisme et présente, ces jours-ci, dans les travées de la session préparatoire de Genève.
Elle nous confie en effet que, pour elle, «c’est déjà un succès qu’il y ait une visibilité de ces problèmes aux niveaux international et national. Quelque soit le résultat, cet exercice est important et nécessaire.» Il n’est pas toutefois certain que l’opinion publique se rallie à son avis, aussi sage soit-il.
Il reste donc quinze jours aux diplomates pour continuer leurs consultations de manière informelle. La délégation suisse, quant à elle, fera rapport au Conseil fédéral et ce n’est qu’ensuite que le gouvernement décidera qui la représentera à Durban et quelles seront alors les positions à défendre coûte que coûte.
Bernard Weissbrodt, Genève
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