Marché du bœuf: le gouvernement prend le taureau par les cornes
Le Conseil fédéral a décidé mercredi d'injecter 9 millions de francs pour soutenir le marché du boeuf. En raison de la crise de la vache folle, la perte de confiance des consommateurs a en effet provoqué un net recul des ventes. Résultats: les prix à la production ont baissé de 30%.
La plus grosse partie du montant, soit 7 millions, serviront à acheter de la viande bovine suisse destinée à l’aide alimentaire internationale. Le bénéficiaire en sera la Corée du Nord, toujours confrontée à une pénurie endémique.
Avec 700 millions de francs, il est possible de sortir entre 700 000 et 800 000 tonnes de viande du marché, explique le ministre de l’Economie Pascal Couchepin. Et, selon les règles de l’offre et de la demande, avec moins de viande sur le marché, les prix pourraient remonter.
Les deux autres millions serviront à financer une campagne d’information pour la viande bovine suisse. «Il ne s’agit pas de faire de la réclame pour cette viande», précise Pascal Couchepin.
La campagne a pour objectif d’informer les consommateurs et de rétablir leur confiance dans le bœuf suisse et dans les mesures prises par la Confédération.
En plus de cette aide financière, le gouvernement en appelle à la responsabilité des paysans. Il est en effet persuadé que l’encéphalite spongiforme bovine (ESB) se détecte, dans la grande majorité des cas, à l’œil nu. Du coup, les agriculteurs sont les premiers à pouvoir détecter des cas de vache folle.
La collaboration du monde agricole est donc absolument nécessaire pour éradiquer la maladie. Le gouvernement estime d’ailleurs que des mesures pénales seraient envisageables pour les agriculteurs qui ne signaleraient pas des bêtes présentant des symptômes d’ESB.
Concernant l’évolution de l’épidémie, le Conseil fédéral se montre au demeurant confiant. Les tests réalisés dans les abattoirs montrent que les cas de vache folle diminuent régulièrement en Suisse.
Ces tests ne sont toutefois pas pratiqués sur toutes les bêtes abattues. Du coup, certaines vaches folles sont susceptibles de terminer dans les assiettes des consommateurs.
Une large part de l’opinion publique exige donc que les tests deviennent systématiques, comme c’est le cas, depuis quelques semaines, dans l’Union européenne.
Le Conseil fédéral est conscient que la pression en ce sens augmente. Cependant, il n’entend pas modifier sa position actuelle et rendre les tests systématiques.
Selon Pascal Couchepin, la préservation de la santé publique est, en effet, avant tout garantie par l’élimination des morceaux à risques, comme par exemple la moelle ou la cervelle.
C’est donc dans ce domaine qu’il y a lieu de renforcer encore la surveillance. Des mesures dans ce sens seront d’ailleurs décidées d’ici quinze jours.
Quant aux tests, dans l’optique du Conseil fédéral, ils servent surtout à estimer quelle est l’ampleur de l’épidémie. Certes, pour rassurer les consommateurs, les grands distributeurs Coop et Migros, ont décidé de procéder à des tests systématiques.
Mais pour Pascal Couchepin, il s’agit avant tout d’une opération marketing et non d’une mesure scientifique capable d’éliminer tous les risques.
Et le ministre de l’économie d’affirmer une fois encore que, dans l’état actuel des connaissances, rien n’indique que le prion responsable de l’ESB se fixe dans les muscles de la bête malade, c’est-à-dire dans la viande. En clair, si les morceaux à risque ont été éliminés, une bête malade n’est pas dangereuse.
Répondant à un journaliste, Pascal Couchepin a d’ailleurs déclaré qu’il n’aurait pas peur de manger la viande de la vache folle qui vient d’être découverte dans les abattoirs de sa ville de Martigny. Le conseiller fédéral a cependant souligné qu’il ne se livrerait pas à ce genre de «provocation stupide».
Olivier Pauchard
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