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Un joint, ça ne va pas. Deux joints, bonjour les dégâts

swissinfo.ch

La conduite sous l'effet du cannabis reste un acte interdit et dangereux. Les polices et la médecine se penchent sur le problème.

La dépénalisation de la consommation de cannabis sera bientôt effective en Suisse. Mais la conduite en «état d’ivresse cannabique» existe déjà. Et cela depuis longtemps.

Après l’alcool, le cannabis est même la drogue qui est le plus souvent consommée par les automobilistes. Raison pour laquelle l’Institut de médecine légale de Lausanne (IUML) veut en savoir plus.

Et le Dr Marc Augsburger de préciser: «Nous voulons déterminer l’influence exacte de la substance active du cannabis, le tétrahydrocannabinol (THC), sur la conduite automobile».

Pour le responsable du laboratoire de toxicologie de l’IUML, cette recherche ne doit pas porter à confusion. «Il n’est pas question de prouver que le THC à moins d’influence que l’alcool sur le conducteur, comme vient de le faire une étude anglaise. Car nous savons déjà que les effets ne sont pas les mêmes.»

Le cannabis altère le comportement

Ce qui est sûr, selon Marc Augsburger, c’est que «le THC altère sensiblement le comportement au volant. Et qu’il peut entraîner des conséquences dramatiques».

«Pire, ajoute le responsable du laboratoire de toxicologie, le mélange du THC avec l’alcool est détonant et extrêmement dangereux.»

Alors, si l’on sait que le THC altère le comportement, que cherche l’IUML? «De nombreuses études ont été déjà menées, confirme Marc Augsburger. Mais elles ne sont pas forcément faciles à interpréter. Et, souvent, les effets du cannabis ne sont pas observés correctement.»

En clair, il est important d’étudier plus précisément l’action du THC sur l’un ou l’autre de ses effets. Comme, par exemple, le freinage ou l’aptitude à réagir en cas de stress au volant.

«Il est donc essentiel de savoir quels tests nous allons pratiquer, ajoute Marc Augsberger. Il est aussi important de mesurer scientifiquement l’influence du cannabis, selon les taux de THC absorbés.»

Et c’est là que le bât blesse. Car il est impossible d’affirmer qu’un joint est égal à un taux d’alcoolémie de 5 pour mille dans le sang. Même si le code Rousseau – qui est utilisé par les Français comme test de référence en cas d’accidents mortels – le prétend.

Du cannabis de plus en plus fort

La preuve, le cannabis que l’on trouve en Suisse est de plus en plus puissant. «Si la valeur moyenne de THC est de 5%, il n’est pas rare de trouver des échantillons qui contiennent entre 15% et 20% de cet alcaloïde, affirme Marc Augsburger. Ce qui est inquiétant.»

Dans ces conditions, pas étonnant que les études se multiplient. Reste à savoir si elles permettront de définir un seuil légal. Comme c’est déjà le cas pour l’alcool.

«On s’achemine très probablement vers une définition de ce type, estime le chercheur de l’IUML. Cela dit, les décisions qui pourront être prises sont du ressort des autorités.»

Et les premiers intéressés seront les différentes polices cantonales. Qui ne contrôlent pas l’ivresse cannabique de la même façon et selon les mêmes critères.

«Certes, explique Jean-Christophe Sauterelle, ces études vont probablement permettre de mettre au point des tests rapides, comme des tests de salive, qui pourront être complétés par des analyses de sang. Exactement comme cela se fait pour contrôler un taux d’alcoolémie.»

«Mais, ajoute aussitôt, le porte-parole de la Police cantonale vaudoise, c’est de la musique d’avenir.»

Cela dit, la police effectue déjà des contrôles par voie urinaire. Notamment, en cas d’accident mortel. Car conduire sous l’effet d’un stupéfiant est encore et toujours un délit.

Un vrai danger sur la route

La nécessité de contrôles plus performants est de plus en plus pressante. En effet, le nombre d’automobilistes conduisant sous l’emprise du cannabis serait en augmentation.

«Des contrôles de police ont été pratiqués sur l’autoroute Lausanne-Berne, affirme Jean-Christophe Sauterelle. Et nous avons effectivement attrapé des conducteurs qui avaient fumé du cannabis.»

«Pour autant, ajoute le porte-parole de la Police cantonale vaudoise, il n’y aucune statistique sur les conducteurs-fumeurs. Et l’axe Lausanne-Berne n’est pas plus fréquenté par des adeptes du cannabis que d’autres tronçons d’autoroutes.»

«En revanche, conclut Jean-Christophe Sauterelle, il y a de plus en plus de jeunes qui prennent le volant en ayant mélangé de l’alcool et de la drogue. Ce qui est particulièrement inquiétant et dangereux.

swissinfo/ Jean-Louis Thomas

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