L’agriculture a favorisé autrefois la biodiversité sur le Plateau
Les humains n'ont pas toujours été l'ennemi de la nature. Une étude bâloise démontre que l'agriculture a même contribué pendant des millénaires à accroître la biodiversité sur le Plateau suisse. La tendance ne s'est inversée qu'au cours de 80 dernières années.
(Keystone-ATS) Des chercheurs ont retracé en détail l’évolution de la flore sur le Plateau suisse au cours des 7000 dernières années, indique mardi l’Université de Bâle. Leurs analyses, basées sur des carottes de sédiments prélevées dans deux lacs bernois et un lac thurgovien, révèlent que l’activité humaine a d’abord été bénéfique pour la diversité des plantes.
Contrairement à certaines idées reçues, depuis le néolithique, la diversité végétale a progressé avec l’essor de l’agriculture et de l’élevage, explique Fabian Rey, auteur principal de l’étude publiée dans la revue spécialisée «Nature Communications». Avant l’intervention humaine, le Plateau suisse était majoritairement couvert de forêts, formant un habitat relativement uniforme.
Avec le développement de l’agriculture, une mosaïque d’habitats s’est formée au fil du temps. Des champs, des pâturages, des haies et plus tard des vergers se sont succédé sur de petites surfaces, offrant des conditions variées à des plantes spécialisées.
Les crises ont réduit la diversité
Le recul de l’influence humaine a eu l’effet inverse. Des phases de déclin de la biodiversité ont été observées lors des grandes migrations après la chute de l’Empire romain ou durant les vagues de peste au Moyen Âge. La forêt a alors regagné du terrain.
La corrélation positive entre agriculture et biodiversité a pris fin vers la Seconde Guerre mondiale. Au cours des 80 dernières années, la diversité végétale a fortement chuté. Les chercheurs attribuent ce déclin à l’intensification de l’agriculture observée depuis lors.
La création de grandes parcelles uniformes, plus faciles à exploiter mécaniquement, ainsi que l’usage croissant d’engrais et de pesticides ont entraîné le recul de nombreuses plantes spécialisées. Les chercheurs estiment toutefois que cette tendance est réversible.
«Dans nos données, nous voyons aussi que la diversité végétale s’est rétablie après des effondrements antérieurs, lorsque les gens sont revenus à une agriculture avec des surfaces variées», conclut Fabian Rey.